Élection Présidentielle Gabonaise de 2025
L’Élection Présidentielle Gabonaise de 2025 : Brice Oligui Nguema Élu Président
Le 12 avril 2025, le Gabon a organisé une élection présidentielle historique, marquant la fin officielle de la transition politique initiée par le coup d’État d’août 2023 qui a mis fin à cinquante-cinq ans de règne de la dynastie Bongo. Ce scrutin, le premier sans un membre de la famille Bongo depuis 1967, a vu la victoire écrasante du général Brice Clotaire Oligui Nguema, l’ancien chef de la junte militaire. Avec un score de 94,85% des suffrages, il a été proclamé président de la République et a officiellement pris ses fonctions le 3 mai 2025 lors d’une cérémonie d’investiture à Libreville. Cette élection s’est déroulée dans le cadre d’une nouvelle Constitution, adoptée par référendum en novembre 2024, et a été observée par plusieurs missions internationales, dont celle du Commonwealth.
Une victoire électorale écrasante et historique
Brice Clotaire Oligui Nguema a remporté l’élection présidentielle avec un pourcentage de voix qui surpasse tous les records enregistrés sous les régimes Bongo, à l’exception des scrutins où Omar Bongo était candidat unique.
Les résultats officiels du scrutin
| Candidat | Pourcentage des voix |
|---|---|
| Brice Clotaire Oligui Nguema | 94,85% |
| Alain-Claude Bilie-By-Nze | 3,11% |
| Joseph Lapensée Essigone | 0,60% |
| Gninga Chaning Zenaba | 0,39% |
| Les autres candidats | Moins de 0,40% chacun |
- Score officiel : Brice Oligui Nguema a obtenu 588 074 voix sur 620 000 suffrages exprimés.
- Faible opposition : Son plus proche rival, l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, n’a recueilli que 3,11% des voix.
- Victoire au premier tour : Le score élevé a rendu caduque l’organisation d’un second tour.
- Taux de participation : L’élection a enregistré un taux de participation de 70,11%, soit 642 632 votants sur 916 625 inscrits.
- Validation institutionnelle : Les résultats définitifs ont été proclamés par la Cour constitutionnelle le 25 avril 2025.
- Comparaison historique : Aucun président élu n’avait atteint un tel score depuis l’avènement du multipartisme au Gabon.
Un contexte politique marqué par un coup d’État et une transition
L’élection de 2025 est l’aboutissement direct d’un processus commencé avec le coup d’État du 30 août 2023, qui a renversé le président Ali Bongo Ondimba peu après l’annonce de sa réélection contestée.
Les étapes clés de la transition
- Le coup d’État : Mené par le général Oligui Nguema, alors chef de la garde républicaine, il a été justifié par la volonté de mettre fin à un régime accusé de corruption et de mauvaise gouvernance.
- Instauration d’une transition : Un Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) a été mis en place, avec Brice Oligui Nguema comme président de la Transition.
- Promesse de réformes : Le nouveau pouvoir s’est engagé à organiser des élections « libres, transparentes, crédibles et apaisées » après une période de transition.
- Dialogue national : En 2024, le régime a organisé un dialogue national pour jeter les bases de nouvelles institutions.
- Référendum constitutionnel : Une nouvelle Constitution a été adoptée par référendum en novembre 2024, posant le cadre juridique de la Deuxième République.
- Légitimation du processus : L’ensemble de ces étapes visait à légitimer la transition et à préparer le terrain pour l’élection présidentielle.
Un cadre constitutionnel et électoral redéfini
La nouvelle Constitution, adoptée en novembre 2024, a introduit des changements majeurs dans le système politique gabonais, créant le cadre dans lequel s’est tenue l’élection de 2025.
Les principales innovations de la Constitution de 2024
| Aspect | Changement |
|---|---|
| Mandat présidentiel | Passe de 5 à 7 ans, renouvelable une seule fois. |
| Mode de scrutin | Scrutin uninominal majoritaire à un tour (le second tour est supprimé). |
| Conditions d’éligibilité | Âge limite de 70 ans et nationalité gabonaise exclusive, entre autres. |
| Structure exécutive | Suppression du poste de Premier ministre au profit d’un vice-président. |
- Ouverture aux militaires : La nouvelle loi électorale permet désormais aux personnalités militaires de se porter candidates, ce qui a ouvert la voie à la candidature de Brice Oligui Nguema.
- Filtrage des candidats : Des critères d’éligibilité stricts ont conduit au rejet de 15 des 23 dossiers de candidature initialement déposés.
- Exclusion de figures opposantes : La limite d’âge a notamment écarté des candidats potentiels de l’opposition comme Albert Ondo Ossa.
- Renforcement de l’exécutif : La suppression du poste de Premier ministre concentre davantage de pouvoirs entre les mains du président.
Une observation internationale et des réactions mitigées
La présence d’observateurs internationaux et les réactions qui ont suivi l’élection ont été des éléments importants pour la légitimité du scrutin.
La mobilisation de la communauté internationale
- Mission du Commonwealth : Un groupe d’observateurs dirigé par l’ancien président des Seychelles, Danny Faure, était présent du 5 au 18 avril 2025.
- Autres observateurs : L’Union africaine et l’Organisation internationale de la Francophonie ont également dépêché des missions.
- Objectif des observations : Garantir la transparence du scrutin après la suspension partielle du Gabon du Commonwealth suite au coup d’État.
- Reconnaissance diplomatique : Le président français Emmanuel Macron a téléphoné à Brice Oligui Nguema pour le féliciter, marquant une forme de reconnaissance.
- Cérémonie d’investiture : La présence de seize chefs d’État africains à l’inauguration du 3 mai 2025 a symbolisé une acceptation régionale.
- Critiques de l’opposition : Alain-Claude Bilie-By-Nze avait dénoncé un manque d’équité dans la campagne et des conditions de vote « opaques et contestables ».
Un paysage politique recomposé et une opposition fragmentée
La présidentielle de 2025 a vu émerger un nouveau paysage politique, caractérisé par l’effondrement de l’ancien parti au pouvoir et l’émergence de nouvelles figures, bien que peu connues.
Les huit candidats en lice
- Brice Clotaire Oligui Nguema : Le président de la Transition, candidat largement favori, soutenu par la plateforme « Rassemblement des Bâtisseurs ».
- Alain-Claude Bilie-By-Nze : Dernier Premier ministre d’Ali Bongo, présenté comme le principal challenger, mais n’ayant recueilli que 3,11% des voix.
- Joseph Lapensée Essigone : Inspecteur des impôts se présentant comme le « candidat de la rupture et du rassemblement ».
- Stéphane Germain Iloko : Ancien cadre du PDG et médecin, candidat sous la bannière du « Large rassemblement arc-en-ciel ».
- Zenaba Gninga Chaning : Seule femme candidate, entrepreneure promouvant un Gabon « solidaire et prospère ».
- Axel Stophène Ibinga Ibinga : Entrepreneur, candidat pour la deuxième fois après 2023, axant sa campagne sur la création d’emplois.
- Alain Simplice Boungoueres : Ancien cadre du PDG et ingénieur, fondateur du Parti patriotique gabonais (PPG).
- Thierry Yvon Michel Ngoma : Administrateur promettant la gratuité des soins de santé, de l’eau et de l’électricité.
Les défis du nouveau président pour l’avenir du Gabon
Le président Brice Oligui Nguema hérite d’un pays confronté à d’importants défis socio-économiques, malgré les richesses naturelles du Gabon.
Les principales promesses et attentes
- Diversification économique : Réduire la dépendance au pétrole en transformant les matières premières localement.
- Lutte contre le chômage : S’attaquer au chômage des jeunes, qui touche 40% des jeunes diplômés.
- Amélioration des infrastructures : Construire des routes pour désenclaver les provinces et améliorer l’accès à l’eau potable.
- Réforme de l’éducation : Moderniser le système éducatif pour mieux répondre aux besoins du marché de l’emploi.
- Lutte contre la pauvreté : Un tiers de la population gabonaise vit dans la pauvreté, un défi majeur de développement.
- Prochaines échéances : Le pays doit encore organiser des élections législatives et locales en septembre 2025 pour pleinement clore la période de transition.
Conclusion
L’élection présidentielle gabonaise de 2025 a indéniablement consacré Brice Clotaire Oligui Nguema comme le nouveau chef de l’État, transformant son statut de putschiste en celui de président élu. Ce scrutin, organisé dans un cadre constitutionnel profondément remodelé, marque une rupture formelle avec l’ère Bongo après plus d’un demi-siècle. Cependant, la légitimité démocratique de cette victoire écrasante, obtenue avec près de 95% des suffrages, reste sujette à débat au sein de la communauté internationale et de l’opposition locale. Le véritable test pour la nouvelle administration ne réside pas seulement dans son score électoral, mais dans sa capacité à relever les défis structurels du Gabon : diversifier une économie trop dépendante du pétrole, lutter contre la pauvreté et le chômage des jeunes, et garantir une gouvernance transparente et inclusive. L’avenir dira si cette élection historique a ouvert la voie à un renouveau démocratique ou simplement à une reconfiguration du pouvoir militaire.
