On dit qu’il faut aller à la ville pour être belle. Moi, je ris.

Je m’appelle Kadija, j’ai 22 ans. Mon village s’appelle Sandofou, quelque part entre la brousse et le ciel.

Ici, y’a pas de coiffeur avec des revues de stars. Pas de boutique de maquillage. Pas de lumière rose dans les selfies. Ici, y’a le soleil qui tape fort, la poussière rouge qui colle à la peau, et l’eau du puits pour se laver le visage le matin.

Les gens de la ville, quand ils viennent nous voir, ils nous regardent parfois avec ces yeux… ces yeux qui disent « pauvres petites, elles savent pas ce qu’elles ratent ». Ils parlent de leurs lumières, de leurs magasins, de leurs vêtements « tendance ».

Moi, je les regarde, et je ris.

Parce que eux, ils savent pas ce que c’est que d’être belle ici. Ils savent pas que quand je marche au marché avec mon pagne bien serré et ma calebasse sur la tête, les vieilles disent « Regarde-moi ça, elle est droite comme un baobab ». Ils savent pas que le soir, quand je chasse la poussière de mes épaules avant de rentrer, mon corps brille comme du bronze sous le coucher de soleil.

Je suis belle. Pas belle « pour un village ». Belle. Point.

Ma beauté, elle est pas dans les vitrines. Elle est dans mes mains qui savent cultiver, dans mon dos qui porte sans plier, dans mes pieds nus qui connaissent chaque caillou du chemin. Elle est dans mon rire qui fait se retourner les jeunes hommes au puits, dans ma façon de danser quand le tam-tam résonne, dans ce regard droit que j’ose poser sur les étrangers.

Alors oui, certains diront : « Va à la ville, tu verras, là-bas c’est mieux. » Peut-être. Mais la ville, elle me prendrait ma lumière pour me donner des faux reflets. Ici, je brille de l’intérieur.

Et franchement, celui qui ne voit pas ça, il peut passer son chemin. Moi, je reste là, belle comme je suis, là où mes ancêtres ont dansé, là où mes enfants courront un jour.

Le monde peut venir me chercher. Mais c’est ici qu’il me trouvera.

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