Qui sont les « rois » des mines au Mali ? (Or, autres ressources)

Les « rois » des mines au Mali : de l’empire mandingue à l’ère moderne

Le Mali, pays dont le sous-sol regorge de richesses, particulièrement l’or, a été et reste dirigé par différentes entités que l’on peut qualifier de « rois » en raison de leur contrôle et de leur influence sur le secteur minier. Ces « souverains » vont des empereurs historiques qui ont bâti la légende aurifère du pays aux entreprises multinationales qui dominent l’extraction industrielle aujourd’hui, en passant par l’État malien qui tente d’affirmer sa souveraineté et les milliers d’artisans qui vivent de l’orpaillage. Cette analyse présente les acteurs clés qui, hier comme aujourd’hui, règnent sur les ressources minières du Mali.

Les souverains historiques et le contrôle des routes de l’or

L’histoire du Mali est indissociable de celle de son or, qui a forgé sa puissance et sa renommée internationale bien avant l’ère contemporaine. Les souverains de l’Empire du Mali détenaient un contrôle absolu sur les gisements et les routes commerciales, faisant de leur territoire un acteur majeur de l’économie mondiale médiévale.

Mansa Moussa (Règne 1312-1337)

Considéré comme l’un des hommes les plus riches de l’histoire, son pèlerinage à La Mecque en 1324 avec une caravane transportant d’énormes quantités d’or a diffusé la renommée de l’empire du Mali dans tout le monde islamique et au-delà.

Soundiata Keïta (Fondateur de l’Empire au XIIIe siècle)

Il est le fondateur de l’empire du Mali et a établi le contrôle mandingue sur les riches régions aurifères, posant les bases de la prospérité future.

Le titre de « Seigneur des mines de Wangara »

Mansa Moussa portait ce titre, qui reflétait directement son contrôle sur les principaux gisements d’or de son empire, une source essentielle de sa puissance.

Le pèlerinage de 1324 comme démonstration de puissance

Son voyage à La Mecque était une opération de communication politique et économique délibérée, visant à montrer la richesse et la solvabilité de l’empire pour renforcer les relations commerciales.

La représentation dans l’Atlas catalan (1380)

Cette carte médiévale européenne le dépeint tenant une boule d’or, preuve que sa légende de monarque richissime avait atteint l’Europe.

Le contrôle du commerce transsaharien

L’économie de l’empire reposait sur l’exportation d’or, de cuivre et de sel via les routes transsahariennes, échangés contre des biens et du savoir du bassin méditerranéen.

Les empires industriels modernes et les sociétés minières internationales

Aujourd’hui, la couronne des mines maliennes est portée par des sociétés internationales qui dominent l’extraction industrielle de l’or. Ces entreprises, pour la plupart étrangères, opèrent les plus grands sites et génèrent l’essentiel de la production officielle, faisant d’elles les héritières des anciens « seigneurs des mines ».

Barrick Gold Corporation

Ce géant canadien opère le complexe de Loulo-Gounkoto, l’une des mines d’or les plus productives d’Afrique, qui est un pilier de la production aurifère malienne.

B2Gold Corp.

La société canadienne est le propriétaire et l’opérateur de la mine de Fekola, un site à ciel ouvert de classe mondiale qui représente à elle seule environ un quart de la production annuelle du Mali.

Resolute Mining Limited

Cette compagnie australienne gère la mine souterraine de Syama, réputée pour ses opérations technologiquement avancées dans la région de Sikasso.

AngloGold Ashanti

Le groupe sud-africain a été un acteur historique majeur, notamment à travers les mines de Sadiola et de Yatela dans la région de Kayes.

Endeavour Mining

Une autre grande société canadienne qui a détenu des actifs significatifs au Mali, illustrant la forte présence nord-américaine dans le secteur.

Allied Gold Corporation

Active sur le site de Sadiola, cette société a récemment attiré des investissements d’entités basées aux Émirats Arabes Unis, montrant l’intérêt croissant de nouveaux acteurs.

Les joyaux de la couronne : les mines d’or les plus productives

Le pouvoir des « rois » modernes s’exerce depuis des sites miniers spécifiques, véritables forteresses d’où est extrait l’or. La localisation et la production de ces mines en font les joyaux de la couronne, des actifs stratégiques qui font l’objet de toutes les convoitises et négociations.

Nom de la mineRégionOpérateur principalImportance
FekolaSud-ouestB2Gold (Canada)Représente environ 25% de la production nationale d’or du Mali.
Loulo-GounkotoOuestBarrick Gold (Canada)Complexe majeur, parmi les plus productives d’Afrique.
SadiolaKayesAngloGold Ashanti (Afrique du Sud) & Allied GoldL’une des premières mines industrielles (1996), 2e producteur national.
SyamaSikassoResolute Mining (Australie)Connue pour sa production souterraine à grande échelle.
MorilaSudAnciennement RandgoldAncienne mine la plus productive, en phase de récupération.
KalanaSudAvnel Gold MiningPremière mine industrielle (1985), en cours d’expansion.

L’État malien : le souverain régulateur en quête de souveraineté

Face à la domination des multinationales, l’État malien tente d’affirmer son rôle de souverain régulateur. À travers un cadre législatif et fiscal, il cherche à capter une part plus juste des richesses minières pour son développement national, un pouvoir souvent contesté et renégocié.

Le Code minier (Loi n°2019-022, amendé en 2023)

Il renforce le contrôle de l’État en portant sa participation obligatoire dans les projets miniers à 35% (dont 10% gratuits), et instaure des redevances progressives (3% à 6%) liées au prix de l’or.

La Direction Nationale de la Géologie et des Mines (DNGM)

Cette institution est chargée d’élaborer la politique du secteur, d’accompagner les investisseurs et de délivrer les titres miniers, jouant un rôle clé de gatekeeper.

Les recettes budgétaires

Le secteur minier contribue pour environ 25% au budget de l’État, 75% aux recettes d’exportation et 7% au PIB, faisant de lui un contributeur financier indispensable.

La vague récente de nationalisations

Les autorités ont engagé des procédures pour prendre le contrôle d’actifs, comme ceux de la société Barrick, au nom de la souveraineté nationale et d’un meilleur partage des bénéfices.

La fiscalité minière

Le régime fiscal comprend un impôt sur les sociétés de 25%, des droits de douane et des taxes, avec des exemptions destinées à attirer les investisseurs durant les phases d’exploration.

La contribution au développement local

Le code minier exige une contribution de 0,5% du chiffre d’affaires annuel des mines pour un fonds de développement local, visant à bénéficier directement aux populations riveraines.

Le royaume parallèle : l’exploitation artisanale et illégale

Parallèlement au secteur industriel structuré, existe un vaste « royaume » informel et illégal de l’orpaillage. Cette économie parallèle, bien que souvent ignorée des statistiques officielles, constitue un pouvoir économique et social considérable, avec ses propres règles et ses propres « seigneurs ».

Des centaines de milliers d’orpailleurs

On estime que l’exploitation artisanale fait vivre directement ou indirectement des millions de personnes, avec environ 500 000 orpailleurs recensés sur 350 sites.

Une production substantielle

La production artisanale est officiellement estimée à 6 tonnes d’or par an, mais d’autres sources l’évaluent entre 10 et 15 tonnes, échappant largement au circuit fiscal officiel.

L’exportation illégale vers Dubaï

Une grande partie de cet or artisanal est exportée illégalement, principalement vers Dubaï, par des coursiers transportant en moyenne 10 kg par voyage.

Le fléau du travail des enfants

Des rapports estiment qu’au moins 20 000 enfants sont employés dans des conditions dangereuses dans les sites d’orpaillage illégaux, exposés à la toxicité du mercure.

La contrebande régionale

Le Mali, avec une taxe à l’exportation plus faible que ses voisins, est devenu une plaque tournante de la contrebande de l’or extrait dans toute l’Afrique de l’Ouest.

Les exploitants chinois illégaux

Des entreprises chinoises exploitent illégalement les cours d’eau avec des techniques mécanisées, causant des dommages environnementaux importants sans permis.

La diversification des ressources : les autres trésors du sous-sol malien

Si l’or est le souverain incontesté, le sous-sol malien recèle d’autres ressources qui pourraient donner naissance à de nouveaux « rois ». L’État et certains investisseurs commencent à regarder au-delà de l’or pour bâtir l’avenir minier du pays et réduire la dépendance à l’or.

Le lithium

Le projet Goulamina, dans la région de Bougouni, est un gisement de lithium de premier plan, essentiel pour l’industrie des batteries, et représente un espoir de diversification.

Le fer

Les gisements de fer des régions de Kayes et de Koulikoro sont estimés à 1,36 milliard de tonnes, offrant un potentiel industriel énorme pour l’avenir.

Le pétrole

L’Autorité pour la Promotion de la Recherche Pétrolière (AUREP) identifie plusieurs bassins sédimentaires prometteurs (Taoudéni, Gao), attirant l’intérêt de compagnies comme ENI et Sonatrach.

La bauxite

Des ressources en bauxite, minerai de base de l’aluminium, sont présentes dans le sous-sol mais encore insuffisamment explorées et exploitées.

Le cuivre et le sel

Historiquement, le cuivre et le sel étaient déjà des produits d’échange majeurs aux côtés de l’or durant la période de l’Empire du Mali, et leurs gisements persistent.

L’uranium

Bien que plus associé au voisin nigérien, le potentiel uranifère du nord du Mali a également fait l’objet d’explorations.

Conclusion

Les « rois » des mines au Mali forment une galerie de pouvoir en constante évolution. Le trône est aujourd’hui disputé entre plusieurs prétendants : les multinationales étrangères qui détiennent la technologie et le capital, l’État malien qui tente d’affirmer sa souveraineté par la loi et parfois la force, et le vaste royaume informel de l’orpaillage qui échappe à tout contrôle. La légendaire richesse de Mansa Moussa rappelle que la terre malienne a toujours été généreuse, mais que la question centrale reste, hier comme aujourd’hui, de savoir qui en capte véritablement les bénéfices. L’avenir du secteur minier malien dépendra de la capacité de ces différents « souverains » à trouver un équilibre entre rentabilité des investissements, revenus pour l’État et retombées équitables pour les populations, tout en diversifiant les ressources au-delà de la monoculture de l’or.

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