Qui sera le prochain président du Togo ?

Élection Présidentielle au Togo : Un Nouveau Système et un Nouveau Président

Le paysage politique togolais a connu un changement fondamental en 2025. À la suite d’importantes réformes constitutionnelles, le Togo a abandonné l’élection présidentielle au suffrage universel direct pour adopter un système parlementaire. Le président de la République n’est donc plus choisi par le peuple, mais par les parlementaires. Ce processus a conduit à l’élection de Jean-Lucien Savi de Tové le 3 mai 2025, tandis que l’ancien président, Faure Gnassingbé, a conservé le pouvoir exécutif réel en occupant un nouveau poste créé par cette même réforme. Cette analyse détaille les mécanismes et les conséquences de cette transition politique historique.

Une réforme constitutionnelle transformant le système politique

En mars et avril 2024, le parlement togolais, dominé par le parti au pouvoir, l’Union pour la République (UNIR), a adopté une nouvelle constitution qui a radicalement modifié la structure du gouvernement.

Changement du mode d’élection du président
  • Le président n’est plus élu au suffrage universel direct par les citoyens, mais est désormais choisi par les membres du parlement (députés et sénateurs) réunis en congrès.
Introduction d’un régime parlementaire
  • Le pays est passé d’un régime semi-présidentiel à un régime parlementaire, redéfinissant la répartition des pouvoirs.
Création d’un nouveau poste exécutif
  • La réforme a créé le poste de « Président du Conseil des Ministres », une fonction dotée de pouvoirs exécutifs étendus.
Modification de la durée du mandat présidentiel
  • Le mandat du président de la République a été ramené de cinq à quatre ans, renouvelable une fois.
Absence de référendum
  • Ces changements profonds n’ont pas été soumis à l’approbation des citoyens par référendum, mais ont été adoptés uniquement par le vote des parlementaires.
Réactions de l’opposition et de la société civile
  • Cette réforme a été qualifiée de « coup d’État constitutionnel » par les partis d’opposition et plusieurs organisations de la société civile, qui y ont vu une manœuvre pour perpétuer le régime en place.

La concentration réelle du pouvoir entre les mains de Faure Gnassingbé

Bien qu’un nouveau président ait été élu, la réalité du pouvoir exécutif reste détenue par l’ancien président, Faure Gnassingbé, grâce au nouveau poste qu’il occupe.

Le Président du Conseil des Ministres, chef de l’exécutif
  • Faure Gnassingbé a été investi dans la fonction de Président du Conseil des Ministres le 3 mai 2025, le jour même de l’élection du nouveau président.
Pouvoirs étendus et sans limite de mandat
  • Contrairement à la présidence, le mandat de Président du Conseil des Ministres dure six ans et, surtout, n’est pas limité en nombre de renouvellements.
Détention des pouvoirs civils et militaires
  • Ce poste concentre l’essentiel des prérogatives exécutives, incluant l’autorité sur l’administration et l’armée.
Nomination des sénateurs
  • Le Président du Conseil des Ministres nomme directement un tiers des membres du Sénat, la nouvelle chambre haute du parlement, renforçant son influence sur l’institution qui participe à l’élection du président de la République.
Légitimation par la direction du parti majoritaire
  • Le poste est automatiquement occupé par le leader du parti majoritaire à l’Assemblée nationale, ce qui, étant donné la domination de l’UNIR, a garanti cette position à Faure Gnassingbé.
Une présidence de la République devenue symbolique
  • Le président de la République, Jean-Lucien Savi de Tové, endosse un rôle décrit comme largement honorifique, de figure de l’unité nationale, sans détenir les leviers de commande réels.

L’élection de Jean-Lucien Savi de Tové comme président de la République

Le 3 mai 2025, le parlement a élu le nouveau président de la République selon les modalités prévues par la nouvelle constitution.

Candidat unique
  • Jean-Lucien Savi de Tové était le seul candidat en lice pour le poste de président de la République.
Nomination par le parti au pouvoir
  • Bien qu’étant un ancien ministre et une figure de l’opposition historique, sa candidature a été proposée par le groupe parlementaire de l’UNIR, le parti du pouvoir.
Résultat unanime du vote
  • Il a recueilli 150 voix sur 150, obtenant un vote unanime des parlementaires présents lors de la session conjointe.
CandidatPartiVoixPourcentage
Jean-Lucien Savi de TovéConvergence Patriotique Panafricaine (CPP)150100%
Profil du nouveau président
  • Âgé de 86 ans au moment de son entrée en fonction, il est devenu le président le plus âgé de l’histoire du Togo.
  • Il est docteur en sciences politiques et a occupé des postes ministériels par le passé.
Prestation de serment immédiate
  • Élu dans la journée du 3 mai, il a prêté serment et a été investi dans ses fonctions le jour même.

Les réactions et les tensions politiques générées par ces changements

Cette transition institutionnelle n’a pas été pacifiquement acceptée et a suscité de vives réactions, tant au niveau national qu’international.

Protestations populaires et répression
  • Des manifestations ont éclaté, notamment en juin 2025, pour dénoncer les réformes et exiger le départ de Faure Gnassingbé.
  • Ces protestations ont été réprimées par les forces de sécurité, faisant au moins sept morts selon des groupes locaux de défense des droits de l’homme.
Position de l’opposition politique
  • Les partis d’opposition ont boycotté les élections sénatoriales de février 2025, les qualifiant de « mascarade » et dénonçant un « coup d’État constitutionnel ».
Mobilisation de la société civile
  • Une coalition d’organisations de la société civile, le Front Citoyen Togo Debout, a documenté des violences et arrestations arbitraires lors des manifestations.
Critiques de l’Église catholique
  • Les évêques du Togo se sont élevés contre la violence, jugeant son niveau « inacceptable et injustifé ».
Mouvement de protestation « M66 »
  • Un mouvement citoyen, nommé M66 d’après la date d’anniversaire de Faure Gnassingbé (6 juin), a émergé pour organiser la résistance et appeler au boycott des élections locales de juillet 2025.
Condamnation internationale
  • La manœuvre a provoqué des critiques et une inquiétude au-delà des frontières du Togo, certains observateurs internationaux pointant l’érosion des normes démocratiques.

Le contexte historique de la longévité du régime Gnassingbé

Pour comprendre la portée de ces événements, il est essentiel de les replacer dans le contexte plus large de l’histoire politique du Togo, marquée par la longévité exceptionnelle du régime en place.

Une dynastie familiale au pouvoir depuis 1967
  • La famille Gnassingbé gouverne le Togo depuis 1967, année où le père de Faure, Gnassingbé Eyadéma, a pris le pouvoir par un coup d’état.
Succession contestée de Faure Gnassingbé en 2005
  • À la mort de son père en 2005, Faure Gnassingbé a été installé à la présidence par l’armée, une succession illégale qui avait entraîné une violente répression et la mort de centaines de personnes.
Mainmise sur les institutions
  • L’armée et la police sont considérées comme étroitement alignées sur le régime, avec une surreprésentation de l’ethnie Kabye, celle de Gnassingbé, au sein des forces armées.
Élections contestées
  • Toutes les élections remportées par Faure Gnassingbé depuis 2005 ont été contestées par l’opposition, qui les a jugées entachées d’irrégularités et de fraudes.
Restriction des libertés civiles
  • Pour consolider son pouvoir, le régime a interdit les manifestations politiques depuis 2022 et a restreint la liberté de la presse, notamment en empêchant l’Église catholique d’observer les élections.

Les implications futures pour la démocratie et la stabilité du Togo

Les réformes de 2024-2025 ne sont pas une simple alternance, mais une réinstitutionnalisation du pouvoir qui aura des conséquences durables sur la stabilité du pays.

Risque d’instabilité accru
  • En supprimant les moyens légaux d’alternance et en restreignant les libertés, ces actions pourraient engendrer une frustration populaire croissante et mener à une instabilité plus grande.
Érosion des institutions démocratiques
  • La suppression du vote direct pour la plus haute fonction de l’État affaiblit le lien de représentation entre les citoyens et leurs dirigeants, vidant de sa substance un pilier démocratique essentiel.
Absence d’alternance politique prévisible
  • La structure mise en place, avec un poste-clé sans limite de mandat, rend toute alternance politique extrêmement difficile, verrouillant le système en faveur du parti au pouvoir.
Détournement de l’attention des défis sécuritaires
  • La focalisation des élites sur la conservation du pouvoir pourrait détourner l’attention et les ressources nécessaires pour faire face à l’insécurité grandissante, notamment la menace de l’insurrection islamiste qui déborde du Burkina Faso voisin.
Détérioration des conditions socio-économiques
  • Cette instabilité politique persistante risque d’aggraver les conditions de vie dans un pays où le taux de pauvreté est déjà de 45% et la dette publique élevée.
Un précédent dans une région fragilisée
  • Cette manœuvre s’inscrit dans une tendance régionale de modifications constitutionnelles pour prolonger les mandats présidentiels, observée dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, elle-même suivie par une série de coups d’État militaires.

Conclusion

En conclusion, la réponse à la question « Qui sera le prochain président du Togo ? » est double. Sur le plan constitutionnel, le prochain président est Jean-Lucien Savi de Tové, élu le 3 mai 2025 par le parlement pour un mandat de quatre ans. Cependant, dans la réalité des pouvoirs, le véritable dirigeant du Togo reste Faure Gnassingbé, qui, en tant que Président du Conseil des Ministres, contrôle l’appareil exécutif sans limitation de durée. Cette transition, orchestrée par une réforme constitutionnelle controversée, marque moins une alternance qu’une pérennisation du régime en place. Elle soulève d’importantes questions sur l’avenir démocratique du Togo et sa stabilité, dans un contexte régional déjà volatile. Le « prochain président » n’est donc pas celui qui détient le pouvoir, mais le symbole d’un système réorganisé pour assurer la continuité d’un pouvoir dynastique vieux de près de six décennies.

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