Financement du cinéma au Gabon
Les Acteurs du Financement du Cinéma Gabonais
L’écosystème cinématographique au Gabon est soutenu par une combinaison d’efforts nationaux et internationaux. La structure principale est l’Institut Gabonais de l’Image et du Son (IGIS), qui orchestre le soutien public. Cet appui national est complété par des fonds internationaux dédiés à la francophonie et à l’Afrique, ainsi que par des initiatives de formation et de coproduction. Voici une analyse détaillée des six principaux piliers de financement et d’accompagnement du cinéma gabonais.
L’Institut Gabonais de l’Image et du Son (IGIS), pilier national
L’IGIS est l’organisme public central pour le soutien au cinéma et à l’audiovisuel au Gabon. Placé sous la tutelle du Ministère de la Communication et des Médias, il a pour mission de promouvoir l’industrie cinématographique nationale et d’accompagner les cinéastes gabonais.
Fonctions et missions de l’IGIS
- Accompagnement des producteurs locaux dans la mise en œuvre de leurs projets, qu’il s’agisse de courts ou longs métrages, de séries ou de documentaires.
- Octroi d’une ligne budgétaire dédiée à la production au sein du budget de l’État alloué à l’institut.
- Acquisition d’équipements pour soutenir la création, comme l’achat récent de deux mini-équipements de tournage et d’une caméra performante.
- Planification de la construction de deux studios, un pour l’image et un pour le son, pour accroître les capacités de production.
- Ambition affichée pour 2025 d’accompagner 5 à 6 séries de films et au moins deux longs-métrages.
- Promotion de la représentation du Gabon à l’international via des productions de qualité.
Les fonds de soutien internationaux et francophones
Les créateurs gabonais ont accès à plusieurs fonds internationaux conçus pour soutenir la création dans l’espace francophone et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).
Programmes de financement accessibles
- Le Fonds pour la Jeune Création Francophone (bien que ses appels à candidatures aient cessé en 2025) offrait des aides sélectives pour le développement, la production et la post-production.
- Le Fonds Image de la Francophonie, géré par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), soutient des projets de films et de séries.
- Le projet Clap ACP, mené en partenariat avec l’Union européenne, vise spécifiquement à soutenir les coproductions des pays ACP.
- Le bonus DEENTAL-ACP, qui offrait une subvention supplémentaire pouvant aller de 50% à 100% du montant de l’aide principale obtenue auprès de fonds comme le Fonds Jeune Création.
- Condition d’éligibilité pour le bonus : le projet doit être une coproduction avec un nombre de sociétés établies dans les pays ACP au moins égal ou supérieur à celui des coproducteurs hors-ACP.
- Exemple de projet soutenu : la Gabonaise Samantha Biffot a obtenu une aide à la production pour sa série « Mami Wata » via le Fonds Image de la Francophonie.
Les programmes de formation et de renforcement des capacités
Au-delà du financement direct, un soutien crucial est apporté via la formation des talents gabonais, des auteurs aux producteurs, afin de professionnaliser le secteur.
Initiatives de formation et d’accompagnement
| Programme | Bénéficiaire | Objectif |
|---|---|---|
| Bourses EAVE, Indaba et Eurodoc | Producteurs de longs-métrages | Formation en coproduction internationale |
| Projet IMPALA (Gabon Ciné Doc) | Documentaristes | Formations et accompagnements personnalisés |
| Ateliers de l’IGIS | Techniciens (son, lumière, etc.) | Renforcement des compétences techniques |
| Séminaires (ex: journalisme culturel) | Professionnels des médias et de la critique | Amélioration de la promotion des œuvres |
| Résidences d’écriture partenaires | Auteurs et scénaristes | Développement et finalisation des scénarios |
Le soutien par la coproduction internationale
La coproduction est une voie essentielle pour les films gabonais, permettant de réunir des financements plus importants et d’élargir leur diffusion.
Modalités et exemples de coproductions
- L’IGIS a historiquement soutenu des films africains en coproduction, comme Le Grand Blanc de Lambaréné de Bassek Ba Kobhio.
- Les programmes de formation comme EAVE et Eurodoc visent explicitement à outiller les producteurs pour monter des coproductions.
- Le Fonds Image de la Francophonie encourage les coproductions Sud-Sud.
- Le bonus DEENTAL-ACP récompense spécifiquement les projets coproduits entre plusieurs pays ACP.
- L’IGIS facilite les accords de coproduction entre le Gabon et d’autres pays.
- La recherche de financements complémentaires auprès de chaînes de télévision étrangères est une stratégie encouragée.
Le financement par les festivals et événements cinématographiques
Les festivals organisés au Gabon jouent un rôle non seulement de diffusion, mais aussi de soutien à la création en offrant des plateformes de visibilité et de formation.
Rôle des festivals dans l’écosystème
- Les Escales Documentaires de Libreville (EDL) : Partenariat initial entre l’IGIS et le Centre Culturel Français visant à faire de Libreville une plaque tournante du documentaire francophone en Afrique.
- L’appel à projets de scénarios de films documentaires lancé dans le cadre des EDL a permis de financer et de présenter des films locaux.
- La Semaine du Cinéma : Festival servant d’espace de formation, de création, de diffusion et de connexion pour bâtir une industrie panafricaine.
- Festival International Cinéma & Libertés de Libreville : Porté par l’association Gabon Ciné Doc, qui est aussi responsable du Projet IMPALA.
- Les festivals constituent un cadre de rencontres professionnelles pour nouer des partenariats et des coproductions.
- Ces événements aident à construire un public local assidu et à former son regard, essentiel pour la pérennité du cinéma national.
Les limites et défis du système de financement
Malgré ces dispositifs, le secteur cinématographique gabonais fait face à des difficultés structurelles qui freinent son plein essor.
Principaux obstacles identifiés
| Défi | Impact sur le secteur |
|---|---|
| Absence de fonds d’aide à la production dédié et structuré | Financements insuffisants et peu pérennes pour les projets |
| Difficultés financières récurrentes de l’IGIS | Capacité d’action et d’investissement limitée |
| Absence de statut officiel pour l’IGIS | Difficultés à organiser et structurer l’industrie |
| Baisse des aides internationales à la production | Nécessité de repenser les modèles de financement |
| Absence d’incitations fiscales pour les productions | Moindre attractivité pour les investisseurs et productions étrangères |
| Dépendance aux ressources naturelles et contraintes budgétaires de l’État | Financement public du cinéma potentiellement vulnérable |
Conclusion
Le financement du cinéma au Gabon repose sur un modèle hybride, articulé autour de l’action centrale de l’Institut Gabonais de l’Image et du Son (IGIS) et complété par des fonds internationaux francophones et des programmes de formation. Si des mécanismes existent pour soutenir les cinéastes, des défis majeurs persistent, notamment l’absence d’un fonds national dédié et d’incitations fiscales. L’avenir de la industrie passe par la concrétisation des ambitions affichées par l’IGIS pour 2025, la recherche d’une plus grande autonomie financière et la consolidation des partenariats internationaux pour assurer une croissance durable et compétitive du cinéma gabonais.
