Quels jeunes talents tunisiens percent grâce aux collaborations internationales dans la musique ?

La scène musicale tunisienne connaît une dynamique remarquable, portée par une nouvelle génération d’artistes qui franchissent les frontières grâce à des collaborations internationales stratégiques. Ces partenariats, qu’ils prennent la forme de programmes d’échange prestigieux, de coproductions avec des labels et artistes étrangers, ou de participations à des festivals de renommée mondiale, agissent comme de puissants accélérateurs de carrière. Ils offrent une visibilité inédite, un enrichissement artistique et technique, et permettent l’intégration de la richesse musicale tunisienne dans des réseaux créatifs globaux. Cette synergie entre le talent local et les opportunités internationales dessine le futur paysage musical du pays.

1. Les programmes de diplomatie musicale et d’échange culturel

Des initiatives structurées, souvent soutenues par des institutions gouvernementales ou des fondations, offrent des cadres formels pour des résidences et des tournées internationales. Ces programmes sont conçus pour favoriser le dialogue interculturel par la musique et permettent aux artistes sélectionnés de travailler en profondeur avec des pairs du monde entier, de se produire sur de nouvelles scènes et de développer des projets à impact social.

OneBeat, le programme phare du Département d’État américain

Ce programme innovant rassemble chaque année des musiciens et artistes sonores en début de carrière venus du monde entier pour une résidence d’un mois aux États-Unis, suivie d’une tournée. Totalement financé, il célèbre la collaboration musicale et l’engagement social[citation:1]. Neuf musiciens tunisiens y ont participé depuis son lancement, ce qui en fait une voie majeure d’internationalisation[citation:1].

Houyem Ghattas, chanteuse et violoniste

Fellow du programme OneBeat, elle a exploré le thème des « Migrations Musicales » aux États-Unis, se connectant notamment aux communautés musicales de La Nouvelle-Orléans, berceau du jazz[citation:2].

Iskander Dridi, multi-instrumentiste de Djerba

Spécialiste des instruments à vent traditionnels comme le ney et la kawala, il a participé au même cycle OneBeat, utilisant cette plateforme pour insérer les sonorités tunisiennes dans des créations collaboratives internationales[citation:2].

Le critère d’engagement communautaire

OneBeat recherche spécifiquement des musiciens qui utilisent leur art pour servir leur communauté, par exemple à travers l’éducation des jeunes ou la revitalisation de traditions musicales[citation:1]. Cette dimension valorise et amplifie le travail de nombreux artistes tunisiens engagés.

La coopération académique Autriche-Tunisie (mdw / Fondation Hasdrubal)

Un accord de coopération permet des échanges, masterclasses et projets orchestraux communs entre l’Université de Musique de Vienne (mdw) et la Fondation Hasdrubal à Hammamet. Des étudiants et professeurs autrichiens collaborent étroitement avec de jeunes musiciens tunisiens[citation:10].

Le projet orchestral d’avril 2025

40 musiciens de la Webern Sinfonietta de la mdw se sont rendus en Tunisie pour répéter et jouer un concert aux côtés de musiciens tunisiens à l’Opéra de Tunis, diffusé à la télévision nationale, sous la direction du professeur Fedor Rudin[citation:10].

2. Les labels et les coproductions artistiques transfrontalières

La création de labels locaux ambitieux et la collaboration directe avec des artistes et producteurs établis à l’étranger sont des moteurs essentiels. Elles donnent accès à de nouveaux savoir-faire, à des circuits de distribution élargis et à une légitimité accrue sur la scène internationale, tout en ancrant la production dans une identité tunisienne affirmée.

Jazzit Records, un label tunisien au rayonnement africain et international

Fondé par le batteur Malek Lakhoua, Jazzit Records a pour objectif de produire et faire émerger des groupes de jazz du continent africain et de favoriser les collaborations avec des jazzmen internationaux[citation:4]. Son nom même, fusion de « jazz » et « zit » (huile d’olive), revendique un ancrage local[citation:4].

L’album « Tunisian Vibes » de Malek Lakhoua et Kyle Schafer

Ce vinyle est le fruit de la collaboration entre le fondateur du label et le pianiste californien Kyle Schafer, accompagnés de Pierre Vaiana au saxophone et Andreas Wealti à la contrebasse. Il revisite les patrimoines musicaux tunisien et algérien[citation:4].

L’album « Silk and Soul » de Mourad Benhammou

Produit pour Jazzit Records, cet album du batteur et compositeur français rend hommage à des « seconds couteaux » du jazz et a été enregistré en live à Tunis, captant une énergie et une rythmique locales spécifiques[citation:4].

La venue de Moncef Guenoud et Seamus Blake

Le label a fait venir à Tunis le pianiste suisse-tunisien Moncef Guenoud et le saxophoniste américain de renom Seamus Blake pour un duo lors de la première édition du Jazzit Festival, créant ainsi un événement et un réseau pour de jeunes musiciens locaux[citation:4].

La philosophie de transmission et d’héritage

Malek Lakhoua conçoit son label comme un tremplin pour une transmission « africaine » du jazz, s’inspirant de la tradition des griots et des Jazz Messengers, et prônant un retour à des formats artisanaux comme le vinyle[citation:4].

Omar El Ouaer et ses collaborations internationales

Le pianiste et compositeur de jazz, doublement nommé aux Grammies, a régulièrement collaboré avec des artistes internationaux, une pratique qu’il considère comme une opportunité plus qu’un choix[citation:8].

3. Les festivals internationaux comme plateformes de rencontre et de diffusion

Les grands festivals, en Tunisie et à l’étranger, constituent des vitrines incontournables. Ils permettent non seulement de se produire devant un large public et des professionnels, mais aussi de rencontrer et de monter sur scène avec d’autres artistes internationaux invités, donnant lieu à des collaborations spontanées ou préparées.

Le Festival International de Carthage, une scène mythique

Ce festival, l’un des plus prestigieux d’Afrique du Nord, se déroule chaque été dans l’antique amphithéâtre. Il accueille traditionnellement un mélange de stars arabes et internationales, offrant un cadre idéal pour des rencontres artistiques[citation:5].

La « Nuit des Chefs d’orchestre » (édition 2025)

Lors de cette soirée spéciale, le jeune chef d’orchestre tunisien Shady Garfi a partagé l’affiche et sans doute des expériences avec des chefs et solistes venus d’Italie, de Palestine, d’Algérie et de Turquie[citation:3].

La participation d’Ibrahim Maalouf

La présence du célèbre trompettiste libano-français, dont la musique fusionne jazz et gammes orientales, dans la programmation 2025, illustre le niveau international du festival et les possibilités d’échanges pour les artistes tunisiens présents[citation:5].

Le Maghreb Jazz Day’s à la Maison de la Tunisie à Paris

Cette 10ème édition, profondément ancrée dans la scène tunisienne, a mis en avant à la fois des artistes confirmés et de jeunes talents prometteurs, leur offrant une visibilité dans la capitale française[citation:7].

Amina Annabi, artiste tuniso-française de renom

Présente au Maghreb Jazz Day’s, son parcours est bâti sur des collaborations internationales (comme avec Martin Meissonnier) et une fusion de pop, de jazz et de musique spirituelle, montrant la voie aux plus jeunes[citation:7].

Les performances de Wifa, Slim Abida et du projet Dendri Stambeli

Leur participation à ce festival parisien leur a permis de présenter leur travail, dont un nouvel album pour Wifa et les compositions roots du projet Dendri Stambeli, à un public et une presse internationaux[citation:7].

4. Les réseaux et scènes de jazz, lieux de collaboration informels

Au-delà des structures officielles, l’essor de clubs, d’associations et de communautés dédiées au jazz en Tunisie a créé un écosystème favorable aux rencontres. Les « jams sessions », les « afters » de festivals et les projets de big bands sont souvent le terreau où germent des collaborations fructueuses avec des musiciens de passage ou installés localement.

Le Jazz Club de Tunis et son Big Band

Omar El Ouaer a intégré ce cercle, participant au projet « Jazz Club de Tunis Big Band », qui rassemble des musiciens locaux et est un point de convergence pour les collaborations[citation:8].

Les collaborations d’Omar El Ouaer avec Tom Green et Tarek Yamani

Il cite ses expériences avec le compositeur britannique Tom Green (création de big bands) et le pianiste libano-américain Tarek Yamani comme des opportunités formatrices[citation:8].

Les rencontres lors des « Afters » du festival Jazz à Carthage

Omar El Ouaer souligne que depuis 2011, les occasions de se produire et de rencontrer d’autres artistes se sont multipliées, notamment lors des sessions informelles après les concerts de ce festival[citation:8].

La collaboration avec des musiciens anglais et américains à Nejma Ezzahra

Lors d’un concert dans ce palais emblématique de Sidi Bou Saïd, Omar El Ouaer a collaboré avec des musiciens comme Thomas Bellini, nourrissant ainsi sa pratique[citation:8].

Le travail avec Hermone Mari et Fabricio Nicolas Garcia

Le trompettiste américain et le bassiste français d’origine vénézuélienne font partie du réseau international de collaborateurs qu’Omar El Ouaer a pu constituer[citation:8].

La philosophie « faire de la musique pour la musique »

Cette approche, défendue par Omar El Ouaer, prône une création libre qui laisse jaillir l’héritage culturel. Elle est au cœur des échanges fructueux lors de ces rencontres musicales informelles[citation:8].

5. Les projets de fusion et d’innovation musicale soutenus par des institutions culturelles

Certaines collaborations naissent de la volonté d’expérimenter en fusionnant la musique tunisienne, sous ses formes traditionnelles ou contemporaines, avec d’autres genres ou courants artistiques. Des institutions culturelles tunisiennes et étrangères soutiennent souvent ces projets de recherche et de création audacieux.

La valorisation du Mālūf sur la scène internationale

L’ensemble musical mené par Ahmed Jelmem au World Cultural Festival 2025 a présenté ce patrimoine classique tunisien, le mêlant à des influences arabes, berbères et méditerranéennes pour un public global[citation:9].

Le projet « Min Qa‘ al-Khabia » de Mohamed Qarni

En ouverture du Festival de Carthage 2025, ce projet a proposé un mélange de sons traditionnels tunisiens et d’arrangements modernes, illustrant une fusion ancrée dans le patrimoine local mais ouverte sur des formes contemporaines[citation:5].

« Tapis Rouge » de Riadh Fehri

Lors du même festival, ce projet a entrepris un voyage musical audacieux, fusionnant rythmes populaires et styles contemporains dans une performance expérimentale[citation:5].

La collaboration belgo-tunisienne à l’origine de workshops

Omar El Ouaer cite une collaboration belgo-tunisienne (sans doute à travers l’ambassade ou des fondations) qui lui a permis de participer à des ateliers à Ennajma Ezzahra et de présenter sa musique, ce qu’il identifie comme un déclic[citation:8].

Le financement « Sud-Nord » de l’Ambassade d’Autriche

Les projets de coopération entre la mdw et la Fondation Hasdrubal sont partiellement financés par des fonds « South-North » de l’Ambassade d’Autriche à Tunis, montrant le rôle des postes diplomatiques dans le soutien à l’innovation artistique[citation:10].

L’apprentissage réciproque lors des masterclasses

Lors des échanges avec la mdw, les musiciens autrichiens ont également recueilli des impulsions de la musique et des traditions arabes auprès de leurs pairs tunisiens, créant une fusion des savoirs[citation:10].

6. Les initiatives de formation et de mentorat international

L’accès à un enseignement ou un mentorat de niveau international, que ce soit en Tunisie ou via des bourses à l’étranger, est un facteur clé pour l’émergence de talents complets. Ces programmes visent à transmettre des compétences techniques pointues, mais aussi une vision globale du métier de musicien et une ouverture d’esprit essentielle pour naviguer sur la scène internationale.

Les masterclasses de la mdw en Tunisie

Des professeurs comme Fedor Rudin (orchestre) ou Anaïs Tamisier (musique de chambre) se sont rendus à la Fondation Hasdrubal pour dispenser des enseignements de haut niveau à de jeunes musiciens tunisiens[citation:10].

Le témoignage des jeunes Tunisiens sur l’apprentissage

Laurent Jost, directeur musical de la Fondation Hasdrubal, rapporte que ces expériences sont une révélation pour beaucoup : « J’ai appris à écouter différemment, à partager, et à me dépasser »[citation:10].

Le développement d’aptitudes humaines et sociales

Fedor Rudin insiste sur l’importance, au-delà de la technique, de cultiver les échanges humains, la capacité à travailler en groupe et la joie de faire de la musique ensemble, des qualités primordiales pour une carrière internationale[citation:10].

Le programme OneBeat comme laboratoire de création

Pendant leur résidence, les Fellows ne se produisent pas seulement ; ils écrivent, produisent de la musique originale et élaborent des stratégies d’engagement communautaire par les arts, suivant un processus de formation par la pratique[citation:1].

Les critères de sélection d’OneBeat

Le programme recherche l’excellence musicale, l’innovation, l’engagement social et une réelle capacité à collaborer par-delà les frontières culturelles, formant ainsi des profils complets[citation:1].

L’objectif de création d’une citoyenneté ouverte sur le monde

La coopération mdw/Hasdrubal cherche à encourager l’émergence d’une « citoyenneté ouverte sur le monde », soulignant le rôle de la culture comme espace de liberté et de respect, une formation essentielle pour les artistes d’aujourd’hui[citation:10].

Conclusion

L’essor des jeunes talents tunisiens sur la scène internationale est indissociable de la multiplication et de la diversification des collaborations qu’ils nouent au-delà des frontières. Des programmes structurés de diplomatie culturelle comme OneBeat aux partenariats éducatifs avec des institutions prestigieuses, en passant par le dynamisme des labels locaux tournés vers l’international, la scène jazz informelle et la puissance de rayonnement des grands festivals, ces canaux forment un écosystème complet. Ils permettent aux artistes de gagner en visibilité, d’affiner leur art au contact d’autres esthétiques et de s’insérer dans des réseaux créatifs globaux, tout en servant souvent de caisse de résonance à la richesse du patrimoine musical tunisien. Cette synergie, nourrie par l’engagement des artistes eux-mêmes et le soutien d’acteurs institutionnels ou privés, promet non seulement de révéler de nouveaux noms, mais aussi de positionner durablement la Tunisie comme un pôle d’innovation musicale à l’échelle méditerranéenne et mondiale.

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