Les figures marquantes de l’économie gabonaise
L’économie gabonaise, historiquement structurée autour de ses ressources naturelles comme le pétrole, le manganèse et le bois, est en pleine mutation depuis le changement de pouvoir en 2023. Les hommes d’affaires qui y évoluent sont souvent étroitement liés aux cercles du pouvoir. Le paysage économique actuel est dominé par des institutions étatiques, des conseillers financiers internationaux influents, et des acteurs historiques, reflétant une transition où l’influence politique et économique reste profondément imbriquée.
L’influence du pouvoir politique et militaire sur l’économie
La prise de pouvoir par la junte militaire en 2023 a directement instauré une nouvelle dynamique où l’autorité politique et militaire exerce un contrôle significatif sur les leviers économiques. Le parti présidentiel, fondé par le nouveau chef de l’État, est rapidement devenu une force dominante, illustrant la continuité d’un système où le pouvoir économique est concentré au sommet de l’État.
Brice Oligui Nguema
- Président de la Transition et chef de l’État à la suite du coup d’État de 2023.
- Fondateur de son propre parti politique, l’Union des Bâtisseurs Démocrates (UDB).
- Son parti a remporté une large majorité aux premières élections législatives organisées sous son régime, en septembre 2025, lui conférant un contrôle significatif sur le parlement et, par extension, sur l’orientation économique du pays.
Le parti présidentiel UDB
- L’UDB a obtenu la majorité des sièges lors des élections législatives de 2025.
- Cette victoire électorale consolide l’emprise du camp présidentiel sur les processus législatifs et budgétaires, influençant directement la distribution des ressources et des contrats publics.
Les conseillers financiers internationaux et leur réseau
Les nouvelles autorités gabonaises cherchent à légitimer leur gouvernance et à rassurer les institutions financières internationales. Pour cela, elles s’appuient sur des conseillers externes de renom, dont le réseau et l’expertise sont mobilisés pour définir les futures politiques économiques.
Tidjane Thiam
- Financier ivoirien de renommée internationale, ancien PDG de Credit Suisse.
- Il a été invité par le président Oligui Nguema en octobre 2023 pour prodiguer des conseils stratégiques à long terme au gouvernement.
- Ses recommandations portent notamment sur le développement des infrastructures, leur financement et la nécessité de créer un marché financier alimenté par l’épargne locale.
- Il a insisté sur la transparence, une attente forte des marchés financiers et des bailleurs de fonds.
Le réseau Cap 2000
- Ce club de jeunes cadres africains, créé par Tidjane Thiam, sert de réservoir de talents et de réseau d’influence.
- Plusieurs de ses anciens membres occupent des postes clés au Gabon, comme Charles Mba, ministre des Comptes publics, avec qui Thiam entretient une amitié de longue date.
- Ce réseau connecte l’économie gabonaise à d’autres influents hommes d’affaires africains, tels que le Sénégalais Momar Nguer (ancien de Total) et le Camerounais Cyril Nkontchou.
Les institutions financières nationales stratégiques
Le financement de l’économie et des grands projets est contrôlé par des institutions publiques spécialisées. Ces structures jouent un rôle pivot dans la mobilisation de l’épargne et l’orientation des investissements, notamment dans les secteurs considérés comme prioritaires.
La Caisse de Dépôt et de Consignation (CDC)
- Institution financière nationale accréditée par le Fonds Vert pour le Climat.
- Elle a pour mission de mobiliser des financements verts pour les projets liés à l’environnement.
- Elle représente un acteur majeur dans la gestion de l’épargne locale et son canalisation vers des investissements stratégiques.
Le Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques (FGIS)
- Comme la CDC, le FGIS est accrédité par le Fonds Vert pour le Climat.
- Il est chargé de mobiliser des capitaux pour des projets d’envergure nationale.
- Il intervient dans le financement des infrastructures et des secteurs considérés comme essentiels pour le développement du pays.
Les acteurs historiques de l’ère Bongo
Malgré le changement de régime, certaines forces politiques et économiques de l’ancien système demeurent présentes, bien que leur influence ait été recalibrée. Leur persistance témoigne de l’enracinement de certains intérêts dans le tissu économique du pays.
Le Parti Démocratique Gabonais (PDG)
- Ancien parti au pouvoir sous les présidents Omar et Ali Bongo Ondimba.
- Lors des élections législatives de 2025, le PDG est arrivé en deuxième position, derrière l’UDB du président Oligui.
- Ce résultat indique qu’il conserve une base politique et, vraisemblablement, des relais dans l’économie, notamment via les entreprises qui lui étaient historiquement liées.
Les secteurs économiques dominants et leurs parties prenantes
L’économie gabonaise reste tributaire de ses ressources naturelles, qui génèrent l’essentiel des revenus d’exportation et attirent les investisseurs. La gestion de ces secteurs clés est souvent confiée à des proches du pouvoir ou à des partenaires internationaux de confiance.
Le secteur pétrolier
- Premier contributeur à la croissance du PIB en 2022 (+7,1%).
- Il attire des compagnies internationales et génère des revenus considérables qui sont gérés par l’État et ses représentants.
Le secteur minier (manganèse)
- Contribue significativement aux exportations.
- Comme le pétrole, il est un pilier historique de l’économie et implique des acteurs majeurs, souvent en partenariat avec l’État gabonais.
L’industrie du bois
- Affiche une croissance robuste (+6,5% en 2022).
- La forêt, qui couvre 88% du territoire, fait l’objet d’une exploitation et de projets de financement vert, placés sous la supervision d’institutions comme la CDC et le FGIS.
Les défis socio-économiques comme indicateur de la concentration des richesses
La structure de l’économie gabonaise, bien que riche en ressources, profite inégalement à la population. Les indicateurs sociaux reflètent les limites d’un modèle où la richesse est concentrée entre les mains d’une élite restreinte, associant hommes d’affaires, hauts fonctionnaires et responsables politiques.
Un PIB par habitant élevé mais une pauvreté persistante
- Le PIB par habitant était de 8 017 USD courants en 2021.
- Cependant, l’incidence de la pauvreté était estimée à 33,4% la même année.
- Ce contraste suggère une distribution inéquitable des revenus nationaux.
Un chômage structurellement élevé
- Le taux de chômage était estimé à 28,8% en 2021.
- Cette situation indique que la croissance économique, portée par les secteurs extractifs, ne génère pas suffisamment d’emplois pour la population.
Conclusion
En définitive, le paysage des affaires au Gabon est dominé par une étroite symbiose entre le pouvoir politique, incarné par le président Oligui et son parti l’UDB, et des conseillers financiers internationaux comme Tidjane Thiam. Les institutions financières nationales (CDC, FGIS) et les secteurs traditionnels (pétrole, mines, bois) constituent les piliers de cette économie. La transition politique post-2023 n’a pas, à ce jour, fondamentalement altéré ce modèle de concentration des leviers économiques, où la frontière entre sphere publique et privée demeure poreuse. Les défis sociaux persistent, soulignant les limites d’une croissance qui ne profite pas encore à la majorité de la population.
