Quelle est la place de l’éducation civique et morale dans les lycées au Sénégal ?

La place de l’éducation civique et morale dans les lycées au Sénégal est fondamentale, institutionnalisée et considérée comme un pilier du système éducatif. Il ne s’agit pas seulement d’une matière, mais d’une mission centrale de l’école pour former des citoyens responsables, informés et patriotes.

Voici une analyse détaillée de sa place :

1. Une Matière à Part Entière dans les Programmes

L’éducation civique et morale est une matière obligatoire avec des horaires d’enseignement dédiés dans le programme officiel, de l’école primaire jusqu’au lycée.

  • Dénomination : Elle est communément appelée « Éducation Civique et Morale » (ECM) ou parfois « Instruction Civique » ou « Vie Civique ».
  • Fréquence : Elle est généralement enseignée une à deux heures par semaine.
  • Évaluation : C’est une matière notée, et ses notes contribuent à la moyenne générale de l’élève, souvent avec un coefficient similaire à d’autres matières de sciences humaines. Elle peut aussi figurer aux examens nationaux comme le BFEM (Brevet de Fin d’Études Moyennes) et le Baccalauréat.

2. Les Objectifs Officiels et les Valeurs Transmises

Le programme est conçu par le Ministère de l’Éducation nationale pour atteindre des objectifs précis, alignés sur les valeurs de la nation. Les principaux objectifs sont de :

  • Favoriser le sentiment d’appartenance citoyenne et l’identité nationale : Enseigner les symboles de la nation (drapeau, hymne, devise), l’histoire du pays et les principes de la République.
  • Promouvoir les valeurs républicaines : Inculquer les valeurs de laïcité, de démocratie, de liberté, d’égalité, de solidarité et de justice sociale.
  • Enseigner les droits et les devoirs : Informer les élèves de leurs droits constitutionnels et de leurs devoirs de citoyens (respect de la loi, devoir de voter, payer les impôts).
  • Développer l’esprit critique et le raisonnement moral : Aborder des dilemmes éthiques, discuter des enjeux de société actuels (ex. : protection de l’environnement, santé, corruption) et encourager le débat et la réflexion.
  • Préparer à la vie en société : Apprendre le respect d’autrui, la tolérance, l’égalité des genres et le rejet de toute forme de violence et de discrimination.

3. Les Thèmes Abordés

Le programme évolue en complexité tout au long de la scolarité :

  • Au niveau du Lycée, les thèmes incluent :
    • Le fonctionnement des institutions de l’État (Présidence, Gouvernement, Assemblée nationale, Pouvoir judiciaire).
    • Le système électoral et l’importance de la participation civique.
    • La décentralisation et la gouvernance locale.
    • Les grandes institutions nationales et internationales (Union Africaine, CEDEAO, ONU).
    • Les droits humains, les droits de l’enfant et les droits des femmes.
    • Les défis contemporains : la citoyenneté environnementale, la santé publique (VIH/SIDA, COVID-19), la citoyenneté numérique et l’entreprenariat.

4. Une Intégration au-Delà de la Salle de Classe (Le « Curriculum Caché »)

La place de l’ECM va bien au-delà du cours spécifique. Elle est renforcée par :

  • La vie scolaire : Le règlement intérieur est une application pratique des principes civiques, apprenant aux élèves le vivre-ensemble, le respect des règles et de l’autorité.
  • La gouvernance élève : L’élection des délégués de classe est un exercice pratique de démocratie.
  • Les cérémonies et commémorations : La célébration des fêtes nationales (comme le 4 avril, jour de l’indépendance) et des moments de recueillement sont des rituels civiques importants.
  • Les clubs et associations : De nombreux lycées disposent de clubs (club des droits humains, club santé, club environnement) qui promeuvent activement l’engagement citoyen.
  • Le rôle de tous les enseignants : Tous les éducateurs sont censés être des modèles d’intégrité et doivent renforcer les valeurs civiques et morales dans leurs propres matières.

5. Défis et Critiques

Malgré sa place centrale, l’enseignement de l’ECM rencontre plusieurs défis :

  • Perception comme une matière « secondaire » : Dans un système de plus en plus focalisé sur la performance dans les matières « principales » (Maths, Sciences, Langues) pour les examens, l’ECM est parfois perçue comme moins importante par les élèves et les parents.
  • Théorie vs. Pratique : L’enseignement peut parfois être trop théorique et doctrinal (« le catéchisme républicain« ) plutôt que centré sur une citoyenneté pratique et débattue.
  • Manque de ressources et de formation : Les enseignants ne bénéficient pas toujours d’une formation spécifique pour aborder les sujets sensibles et évolutifs de l’ECM.
  • Le décalage société-école : Les élèves peuvent observer un fossé entre les valeurs enseignées à l’école (ex. : la méritocratie, le refus de la corruption) et les réalités qu’ils perçoivent dans la vie quotidienne.

Conclusion

Au Sénégal, l’éducation civique et morale occupe une place centrale et formalisée dans le curriculum des lycées. C’est une politique délibérée de l’État pour construire une citoyenneté républicaine, consciente de ses droits et de ses devoirs. Si elle est principalement enseignée comme une matière spécifique (ECM), ses principes sont censés imprégner l’ensemble de l’environnement scolaire et de tous les éducateurs.

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