Malgré les indépendances africaines, les langues coloniales (français, anglais, portugais) restent majoritairement utilisées dans les systèmes éducatifs africains. Comment expliquer cette persistance, et quelles en sont les conséquences ?
1. L’Héritage Historique : Une Éducation Imposée
Pendant la colonisation, les puissances européennes ont :
- Supprimé ou marginalisé les langues locales au profit de leurs propres langues.
- Créé des systèmes scolaires où l’enseignement se faisait exclusivement en langue coloniale.
- Associé la maîtrise du français/anglais à l’élite et au pouvoir, renforçant leur statut dominant.
Après les indépendances, beaucoup de pays ont conservé ce modèle, faute de ressources pour réformer entièrement l’éducation.
2. Le Pragmatisme Économique et Politique
Les langues coloniales restent perçues comme :
- Un outil d’unité nationale : Dans des pays aux centaines de langues locales, le français ou l’anglais servent de langue neutre pour éviter les divisions ethniques.
- Une nécessité économique : Elles facilitent le commerce international, l’accès aux emplois et aux institutions mondiales (ONU, UE, etc.).
- Un passeport pour la mobilité : Les diplômes en langues européennes sont souvent requis pour étudier ou travailler à l’étranger.
3. Le Manque de Politiques Linguistiques Alternatives
- Peu de pays ont systématisé l’enseignement en langues locales (ex. : l’Éthiopie avec l’amharique, la Tanzanie avec le swahili).
- Manque de matériel pédagogique en langues africaines (grammaires, manuels scientifiques, etc.).
- Résistance des élites, souvent formées en français/anglais, qui reproduisent le système par habitude ou intérêt.
4. Les Conséquences de Cette Domination
✅ Avantages :
- Accès facilité aux savoirs mondiaux.
- Communication simplifiée entre pays africains multilingues.
❌ Inconvénients :
- Échec scolaire : Beaucoup d’élèves apprennent mal car ils ne maîtrisent pas la langue d’enseignement.
- Dévalorisation des cultures locales : Les langues africaines sont souvent perçues comme « inférieures ».
- Dépendance intellectuelle : Les savoirs universitaires restent majoritairement produits en Europe/Amérique.
5. Vers un Changement ?
Certains pays expérimentent des modèles bilingues (ex. : Sénégal avec le wolof, Afrique du Sud avec le zulu). Mais le débat reste vif :
- Faut-il abandonner les langues coloniales ? (Risque d’isolement)
- Ou les garder tout en valorisant les langues locales ? (Solution mixte)
Conclusion
La domination des langues coloniales en Afrique est le résultat d’un héritage historique, de choix politiques et de contraintes économiques. Mais avec la montée des mouvements panafricains et la digitalisation (qui favorise les langues locales), un rééquilibrage est possible.
