Au Burkina Faso, la lenteur d’Internet s’explique par un mélange de contraintes techniques, économiques et sécuritaires. Voici une analyse détaillée :
1. Dépendance critique à un seul câble sous-marin (ACE)
- Le pays est connecté via le câble Africa Coast to Europe (ACE), partagé avec 20 autres pays.
- Aucune redondance : En cas de panne (comme en 2023), tout le trafic est ralenti, avec des réparations lentes.
- Pas de connexion aux nouveaux câbles (2Africa, Equiano) contrairement à des voisins comme le Ghana.
2. Infrastructures locales vétustes et mal réparties
- Fibre optique limitée : Seules Ouagadougou et Bobo-Dioulasso sont correctement couvertes. Les zones rurales dépendent de liaisons radio ou satellite, très lentes.
- Énergie électrique instable : Les coupures fréquentes (délestages) perturbent les centres de données et antennes relais.
- Peu d’hébergement local : 90% des données transitent par l’Europe (latence élevée).
3. Monopole de l’État et concurrence inefficace
- ONATEL (opérateur historique) et Telmob dominent le marché, avec des tarifs élevés pour la bande passante.
- Les FAI privés (moov, Orange) doivent louer des infrastructures à prix prohibitifs, limitant leurs investissements.
- Prix Internet parmi les plus chers d’Afrique de l’Ouest (1 Go = ~5% du salaire moyen).
4. Insécurité et instabilité politique
- Les attaques terroristes dans les régions du Nord et de l’Est ont détruit des infrastructures telecom.
- Coupures Internet imposées lors de coups d’État (ex: septembre 2022, janvier 2024), dégradant la stabilité globale.
5. Gouvernance problématique du secteur
- Corruption : Des contrats d’infrastructure attribués à des sociétés peu compétentes retardent les projets.
- Taxes lourdes sur les équipements telecom (30% de droits à l’importation).
- Projet de fibre national retardé : Le « Backbone National » devait couvrir tout le pays en 2020, mais reste inachevé.
6. Obstacles géographiques et démographiques
- Enclavement : Aucun accès direct à la mer, augmentant les coûts d’importation des équipements.
- Faible densité rurale : 70% de la population vit hors des villes, rendant peu rentable le déploiement de la fibre.
Solutions potentielles (mais incertaines)
- Connexion au câble 2Africa (prévue en 2025) pourrait doubler la bande passante.
- Partenariat avec la Chine pour accélérer la fibre nationale (accord signé en 2023).
- Libéralisation du marché pour attirer des investisseurs comme MTN ou Vodacom.
Comparaison avec les voisins
- Ghana : 3x plus rapide grâce à Equiano et une concurrence féroce.
- Côte d’Ivoire : Meilleure couverture fibre et moins de coupures politiques.
Conclusion : Pourquoi Internet est lent au Burkina ?
✅ Dépendance à un seul câble saturé (ACE).
✅ Infrastructures locales fragiles et mal réparties.
✅ Monopole étatique + prix prohibitifs.
✅ Insécurité et coupures politiques récurrentes.
Perspective : Les améliorations dépendent de la connexion à 2Africa et d’une meilleure gouvernance, mais le contexte sécuritaire reste un frein majeur.
Sources : ARCEP-BF, rapports GSMA, données ACEP.
