C’est une question profonde, qui touche au cœur même de l’évolution de nos sociétés. La réponse n’est pas un simple « oui » ou « non ». Les réseaux sociaux ne sont pas en train de « tuer » les veillées traditionnelles, mais ils les transforment profondément.
On peut voir cette transformation comme un passage, pour reprendre une image de l’écrivain nigérian Gustav Mahler citée à propos d’un autre sujet : « la tradition n’est pas le culte des cendres, mais la préservation du feu » . La question est de savoir si ce feu brûle encore, et sous quelle forme.
Voici un tableau qui résume les forces qui s’affrontent.
🤔 Est-ce un « meurtre » ou une « métamorphose » ?
Pour certains, c’est une perte. Le chercheur en anthropologie a raison de souligner que l’espace physique de la veillée, avec le feu, l’immédiateté des émotions et ce sentiment d’appartenance unique, est en train de disparaître . Le contact humain direct, les rires partagés, l’ambiance de la nuit… tout cela est difficile à transposer derrière un écran.
Mais pour d’autres, c’est une adaptation, une nouvelle manière de faire vivre la flamme.
- Contre l’oubli, une nouvelle mémoire : Les réseaux sociaux offrent une « permanence » que l’oralité n’a pas. Les devinettes en oshiwambo testées sur WhatsApp ont permis de les documenter et de créer une sorte de dictionnaire vivant . Les plateformes permettent d’enregistrer, de partager et de transmettre des savoirs qui pourraient autrement se perdre.
- Le village s’agrandit : Autrefois, la veillée était limitée aux membres d’un même village. Aujourd’hui, un conteur peut rassembler une communauté dispersée aux quatre coins du pays ou du monde. Les groupes WhatsApp recréent ce lien social à distance, transformant la contrainte de l’éloignement en une nouvelle forme de rassemblement .
- La tradition prend de l’importance : Paradoxalement, les réseaux sociaux peuvent donner une visibilité et une valeur accrues aux traditions. Quand des vidéos de festivals ou de danses traditionnelles deviennent virales, elles suscitent une fierté nouvelle et un intérêt chez les jeunes qui, peut-être, les auraient ignorées autrement .
🌍 Conclusion : Le feu est-il éteint ?
Non, le feu n’est pas éteint, mais il a changé de foyer. Il ne brûle plus uniquement autour du bois dans la cour du chef de famille, mais aussi dans les « flammes » froides des écrans de smartphones.
La vraie menace n’est peut-être pas tant les réseaux sociaux eux-mêmes, mais la perte de l’intention et du rituel. Si l’on se contente de remplacer les histoires du soir par des vidéos TikTok sans âme, alors oui, il y a perte. Mais si l’on utilise ces outils pour partager des proverbes, raconter des légendes en famille via WhatsApp, ou diffuser des versions modernisées des « tales by moonlight » sur YouTube, alors on est en train de construire les veillées de demain .
Comme le disait si bien un article du Tribune Online, « dans la présence de l’érosion actuelle de l’identité culturelle en Afrique se trouve aussi la solution : les espaces villageois contemporains » . Les réseaux sociaux peuvent devenir ces nouvelles places de village, à condition qu’on les utilise de manière intentionnelle pour nourrir le lien social et non pour l’isoler.
Ainsi, plutôt que de tuer la tradition, les réseaux sociaux nous offrent un défi : celui d’être assez créatifs pour réinventer nos veillées, pour que la sagesse de nos anciens puisse continuer à se transmettre, même à travers le prisme du numérique.
