La situation des bibliothèques dans les lycées de Côte d’Ivoire est très contrastée et peut être résumée ainsi : elles existent dans certains établissements, mais elles sont loin d’être une norme généralisée et leur qualité varie énormément.
Voici une analyse détaillée de la situation :
1. Une Présence Inégale et Souvent Symbolique
- Lycées d’Excellence et Établissements Prestigieux : Les lycées les plus réputés (comme le Lycée Sainte-Marie de Cocody, le Lycée International Jean-Mermoz, ou les Lycées d’Excellence situés dans les régions) sont généralement bien dotés. Ils disposent souvent d’une CDI (Centre de Documentation et d’Information) fonctionnel, avec un espace dédié, des documentalistes qualifiés, une collection de livres régulièrement mise à jour et parfois un accès à internet.
- Lycées Publics « Classiques » en Ville : Dans les grands centres urbains comme Abidjan, Bouaké ou Daloa, de nombreux lycées publics ont officiellement une bibliothèque ou un CDI. Cependant, leur état est très variable :
- Certains sont actifs et relativ bien entretenus.
- Beaucoup souffrent de problèmes chroniques : collections très anciennes et non renouvelées, espaces devenus vétustes, manque de personnel qualifié (documentaliste), et horaires d’ouverture très limités.
- Lycées en Zones Rurales ou Établissements de Proximité : C’est là que la carence est la plus criante. La grande majorité de ces établissements ne dispose pas de bibliothèque fonctionnelle. Lorsqu’un local existe, il est souvent vide de livres ou sert à d’autres usages (stockage, salle de réunion).
2. Les Défis Majeurs
Plusieurs obstacles expliquent cette situation inégale :
- Le Défi Budgétaire : Le budget alloué aux établissements scolaires est souvent insuffisant pour acquérir régulièrement de nouveaux livres, du mobilier moderne ou des ordinateurs. L’achat de manuels scolaires prime souvent sur celui d’ouvrages de fiction ou de documentation générale.
- Le Manque de Personnel Qualifié : La fonction de documentaliste est cruciale pour faire vivre une bibliothèque. Or, ces postes spécialisés sont peu nombreux et pas toujours pourvus, surtout en dehors des grandes villes.
- La Priorité donnée aux Salles de Classe : Face à la pression démographique et au surpeuplement des classes, la priorité absolue est la construction de salles de classe. La bibliothèque passe souvent au second plan dans les plans d’équipement.
- La Maintenance et la Sécurité : Maintenir les livres en bon état, les protéger du climat humide et du vol est un défi permanent.
3. Les Initiatives pour Combler le Vide
Face à ces lacunes, plusieurs initiatives voient le jour :
- Les Projets de l’État : Le gouvernement, via le Programme Social du Gouvernement (PSGouv), a inclus dans ses projets la construction et la réhabilitation d’infrastructures éducatives, dont des bibliothèques. Des « bibliobus » (bibliothèques mobiles) ont également été évoqués ou mis en place ponctuellement pour desservir les écoles éloignées.
- Les Bibliothèques Scolaires Mobiles : Certains projets associatifs ou privés installent des « boîtes à livres » ou de petites bibliothèques mobiles dans les cours des lycées.
- Les Dons et Partenariats : Des organisations internationales (comme l’UNESCO), des ambassades, des ONG et des associations organisent régulièrement des collectes de livres et équipent des bibliothèques scolaires. Les partenariats entre établissements ivoiriens et étrangers (jumelages) passent souvent par des dons de livres.
- Les « Clubs de Lecture » : En l’absence de bibliothèque physique, des enseignants passionnés montent souvent des clubs de lecture pour inciter les élèves à lire et à partager des livres.
Conclusion
Oui, certains lycées en Côte d’Ivoire disposent de bibliothèques, particulièrement les établissements les plus favorisés.
Cependant, l’accès à une bibliothèque scolaire bien équipée et fonctionnelle n’est pas garanti pour la majorité des lycéens ivoiriens. La présence d’une bibliothèque reste souvent un indicateur des inégalités entre établissements urbains et ruraux, ou entre lycées prestigieux et lycées ordinaires.
La tendance est à une lente amélioration grâce aux efforts de l’État et des partenaires, mais il s’agit d’un chantier de long terme qui nécessite des investissements soutenus en infrastructures, en livres et en personnel qualifié.
