Comment saluer quelqu’un ou dire bonjour en ancien français ?

Dire « bonjour » en ancien français (globalement utilisé entre le IXe et le XIVe siècle) nous plonge dans l’histoire vivante de la langue. Les formes étaient variées et souvent plus descriptives qu’aujourd’hui. Voici les principales façons de saluer quelqu’un à cette époque.

1. La formule de souhait : « Deus vos salve ! » ou « Diex vos gard ! »

C’était la manière la plus courante et polie de saluer. Elle ne signifiait pas littéralement « bonjour » mais plutôt « Que Dieu vous sauve / vous garde ! ». C’était une formule de politesse et de bénédiction.

  • Deus vos salve ! (ou Dieus vos salve)
    • Prononciation : « Dé-ous vos sal-ve » (le « e » de « Deus » se prononçait souvent en deux syllabes).
    • Littéralement : « Que Dieu vous sauve ! »
  • Diex vos gard ! (plus tardif)
    • Prononciation : « Di-eu vos gar » (le « x » de « Diex » se prononçait « -eu »).
    • Littéralement : « Que Dieu vous garde ! »
    • On trouve aussi des variantes comme « Diex te gart ! » (au singulier, « te »).

Exemple dans la littérature : On retrouve ce type de salutation dans toutes les chansons de geste et les romans courtois. Par exemple, dans La Chanson de Roland, les personnages se saluent ainsi.

2. La description de l’heure : « Bon jour ! »

Oui, l’expression existait déjà, mais son usage était différent. Elle était souvent descriptive plutôt que formulaire. On l’utilisait pour constater ou souhaiter que la journée soit bonne, plutôt que comme un simple « hello » de passage.

  • Bon jour !
    • On pouvait le dire pour souhaiter une bonne journée en se quittant, ou pour constater « voilà un beau jour ».
    • Il était souvent accompagné d’un complément : « Bon jour ait qui de loin me salue ! » (« Bonne journée ait celui qui me salue de loin ! »).
  • Benoît soit li jors ! (« Béni soit le jour ! »)
    • Une autre forme de souhait lié à la journée.

3. Autres formes courantes

  • Salut ! (emprunté au latin salus-utis)
    • Tout comme aujourd’hui, il était utilisé de manière plus informelle. Il gardait aussi son sens premier de « salut » (spirituel ou santé).
  • Déjà à l’époque, on abrégeait ! La forme contractée « Salve ! » (du latin) était aussi utilisée, surtout dans des contextes un peu plus formels ou entre gens éduqués.

📜 Tableau récapitulatif

Forme en ancien françaisPrononciation approximativeSignification littéraleContexte d’utilisation
Deus vos salve !Dé-ous vos sal-ve« Que Dieu vous sauve ! »Forme de salutation polie et courante.
Diex vos gard !Di-eu vos gar« Que Dieu vous garde ! »Forme de salutation polie (un peu plus tardive).
Bon jour !Bon jour« [Je te souhaite] un bon jour »Souhait, souvent descriptif. Pas encore un simple « hello ».
Salut !Sa-lout« Salut / Santé »Plus informel, comme aujourd’hui.

⚠️ Points importants à noter

  • Pas de standardisation : L’orthographe variait énormément d’un texte à l’autre, d’un scribe à l’autre. On pouvait voir DeusDieusDiexDex.
  • Une langue flexionnelle : L’ancien français utilisait encore des cas (cas sujet, cas régime). « Deus » est la forme sujet, tandis que « Deu » était la forme régime. On disait « Deus vos salve » (Dieu, sujet, vous sauve) mais on priait « Deu » (Dieu, complément).
  • Le contexte social : La formule utilisée dépendait beaucoup du statut des interlocuteurs. « Deus vos salve » était une marque de respect, tandis qu’à un proche on pourrait dire simplement « Salut ! » ou « Beau sire, bon jour ! ».

En résumé, si vous deviez saluer un chevalier à la cour du roi Philippe Auguste (XIIe-XIIIe siècle), la formule polie et attendue serait : « Deus vos salve, sire ! »

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