Les constructions anarchiques persistent pour plusieurs raisons complexes qui combinent des facteurs économiques, sociaux, politiques et institutionnels. Voici un approfondissement détaillé :
1. Pression démographique et urbanisation rapide
Dans de nombreuses villes, notamment en Afrique et en Asie, la population urbaine croît beaucoup plus rapidement que la capacité des autorités locales à planifier et fournir des logements. Cette pression pousse les habitants à construire rapidement, souvent sans autorisation.
Exemple : À Douala ou à Kinshasa, des quartiers comme New Bell ou Limete se développent très vite, souvent avec des habitations improvisées sur des terrains non lotis.
2. Faible régulation et manque de contrôle
Les services d’urbanisme et de planification manquent souvent de ressources ou sont mal organisés pour contrôler toutes les constructions. Les sanctions sont peu appliquées et la corruption peut aussi encourager les constructions illégales.
Exemple : Certaines entreprises ou particuliers obtiennent des permis facilement via des pots-de-vin, tandis que d’autres construisent sans permis parce qu’ils savent que le contrôle est faible.
3. Coût élevé du foncier légal
Le prix des terrains dans les zones autorisées est souvent très élevé, surtout dans les centres urbains. Les habitants aux revenus modestes n’ont pas d’autre choix que d’occuper des terrains illégalement ou de construire sans respecter les normes.
Exemple : Dans les villes comme Yaoundé ou Douala, le prix d’un terrain légal peut être inaccessible pour les jeunes ou les familles à faibles revenus, les poussant à construire dans des zones non réglementées.
4. Manque d’accès aux services de base
Les promoteurs et habitants construisent souvent là où le foncier est disponible, même si ces zones sont inadéquates pour l’habitation (zones inondables, terrains instables), parce qu’ils ne trouvent pas de logements abordables avec l’eau, l’électricité et l’assainissement.
Exemple : Les quartiers informels le long des rivières ou dans des zones marécageuses à Douala montrent que les constructions anarchiques se font malgré le risque de catastrophes naturelles.
5. Pression sociale et migrations internes
Les migrants venant des zones rurales s’installent rapidement dans la ville pour être proches des emplois, souvent sans attendre l’obtention de permis de construction. La solidarité communautaire favorise aussi la construction rapide pour loger des familles élargies.
Exemple : Les quartiers périphériques des grandes villes africaines se peuplent de migrants ruraux qui construisent des maisons en matériaux provisoires sur des terrains occupés collectivement.
6. Difficultés dans la planification urbaine
Les plans d’urbanisme sont souvent obsolètes ou inexistants. Les autorités n’arrivent pas à anticiper la croissance et à créer des zones résidentielles bien organisées.
Exemple : Certaines zones à Douala sont devenues des quartiers d’habitation sans planification préalable, ce qui crée des rues étroites, des réseaux d’eau et d’électricité improvisés, et des conflits de propriété.
7. Absence de sanction réelle et résorption difficile
Même lorsque des constructions illégales sont identifiées, les démolitions sont rares et les procédures judiciaires longues. Les habitants continuent donc à construire, sachant que le risque est limité.
Exemple : Dans de nombreux quartiers, des maisons démolies sont reconstruites quelques mois plus tard, comme cela se voit dans certains quartiers informels à Kinshasa et Lagos.
En résumé, les constructions anarchiques sont le résultat d’un mélange de besoins urgents, de pauvreté, de manque de planification, de contrôle faible et de spéculation foncière. Tant que ces facteurs ne sont pas résolus simultanément, le phénomène continuera.
