Pourquoi le chômage reste élevé malgré les diplômes au Cameroun ?

Contexte économique et création d’emplois

Depuis les crises économiques des années 1990, le Cameroun peine à générer suffisamment d’emplois formels pour absorber la croissance rapide de sa population active. La libéralisation économique et l’ajustement structurel ont conduit à des réductions significatives des effectifs dans la fonction publique, autrefois principal employeur de diplômés : de nombreux postes ont été supprimés pour maîtriser la dette publique, sans contrepartie suffisante dans le secteur privé  . Parallèlement, la croissance économique, même si elle reste positive, est jugée trop lente et peu créatrice d’emplois à haute valeur ajoutée, laissant une large part de la jeunesse diplômée dans l’attente d’opportunités stables.

Inadéquation formation–emploi

L’expansion rapide des universités publiques a visé à démocratiser l’accès aux diplômes, mais s’est souvent faite au détriment de la qualité et de la pertinence des enseignements. Les filières générales, très théoriques, ne répondent pas toujours aux besoins concrets des entreprises camerounaises, qui recherchent davantage de compétences techniques spécialisées et de savoir-faire pratiques  . En outre, l’offre de formation professionnelle et technique (FTO/FTI) demeure insuffisamment valorisée, alors qu’elle pourrait mieux préparer aux métiers en tension dans l’artisanat, l’industrie légère et les services.

Faible culture entrepreneuriale et climat d’affaires

La création d’entreprise reste entravée par un environnement réglementaire jugé complexe, des coûts de démarrage élevés et un accès limité aux financements : seuls 2 à 3 diplômés sur 10 envisagent concrètement de lancer un projet, faute de soutien adapté  . Le manque d’incitations fiscales, la méconnaissance des dispositifs d’accompagnement et la perception d’un marché risqué freinent l’initiative privée, alors que l’auto-entrepreneuriat pourrait absorber une part des jeunes diplômés.

Compétences comportementales et expérience

Les recruteurs camerounais signalent souvent que les jeunes diplômés manquent d’« employability skills » : maîtrise des outils numériques, travail en équipe, communication professionnelle ou gestion de projet. Ces soft skills sont déterminantes dans un contexte où les entreprises doivent optimiser leur productivité  . De plus, l’exigence d’une expérience préalable crée un cercle vicieux : sans premier emploi, difficile d’accumuler de l’expérience, et sans expérience, difficile d’obtenir un emploi.

Impact des crises sociopolitiques

Les conflits, notamment la crise anglophone dans les régions Nord-Ouest et Sud-Ouest, ont accentué le problème : fermeture d’entreprises, perturbation de la scolarité et exode de certains acteurs économiques ont fragilisé les perspectives d’emploi local  . Dans ces zones, la situation sécuritaire et la dégradation des infrastructures limitent la confiance des investisseurs et la création d’emplois formels.

Gouvernance, népotisme et accès inégal

Le népotisme et la corruption jouent un rôle non négligeable dans l’attribution des emplois publics et des marchés, au détriment de la transparence et du mérite. Les diplômés sans réseaux politiques ou personnels se retrouvent souvent écartés des postes pourtant qualifiés, alimentant un sentiment de frustration et d’injustice  . Cette logique de clientélisme prive l’État des compétences les plus compétentes et maintient un chômage structurel chez les jeunes diplômés.

En somme, le chômage des diplômés au Cameroun est la conjonction de plusieurs facteurs : une économie qui n’a pas su créer assez d’emplois formels, une formation académique parfois déconnectée des besoins du marché, un climat entrepreneurial peu favorable, des carences en compétences comportementales, des crises sociopolitiques régionales et des pratiques de gouvernance clientélistes. Pour inverser cette tendance, il faut repenser les curricula universitaires et techniques, renforcer l’appui à l’entrepreneuriat, améliorer la transparence dans la fonction publique et stabiliser les zones de conflit afin de restaurer la confiance des investisseurs et dynamiser la création d’emplois.

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