Pourquoi Internet est-il parfois coupé pendant les élections au Cameroun ?

Au Cameroun, les coupures d’Internet pendant les périodes électorales ne sont pas le fruit du hasard. Elles correspondent à une stratégie mise en place par les autorités pour contrôler l’information et limiter la coordination des mouvements d’opposition dans un contexte de tensions post-électorales .

Les dernières coupures majeures, survenues en octobre 2025, illustrent parfaitement cette dynamique. Voici une analyse des causes et des conséquences de ces mesures.

🔍 Le contexte : une stratégie de contrôle après un scrutin contesté

Suite à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, des tensions sont apparues. L’opposition, menée par Issa Tchiroma Bakary, a contesté la réélection du président sortant Paul Biya, dénonçant des « irrégularités » . C’est dans ce climat que les autorités ont agi.

Objectif StratégiqueComment cela se manifesteConséquences Observées
Empêcher la coordinationRendre les réseaux sociaux (Facebook, WhatsApp, TikTok) inaccessibles pour désorganiser l’opposition .À partir du 23 octobre 2025, l’observateur NetBlocks confirme une « perturbation significative et continue » .
Limiter la couverture médiatiqueEmpêcher la diffusion d’images de manifestations ou de violences impliquant les forces de l’ordre .Les vidéos de manifestants à Garoua ou Maroua n’ont pas pu circuler librement .
Lutter contre la « désinformation »Justification officieuse pour bloquer ce que le gouvernement considère comme des « fausses nouvelles » ou des « appels à la violence » .Le gouvernement parle de « mesure de sécurité », tandis que les critiques y voient de la « censure » .

⚖️ Une pratique controversée face au droit

Ces coupures, bien que justifiées par le gouvernement comme nécessaires à la sécurité nationale, sont vivement critiquées par les défenseurs des droits numériques :

  • Une atteinte aux droits fondamentaux : Des organisations comme Paradigm Initiative (PIN) estiment que ces restrictions violent la liberté d’expression et le droit d’accès à l’information, protégés par la constitution camerounaise et la Charte africaine des droits de l’homme .
  • Un impact économique lourd : Au-delà de l’aspect politique, la coupure a un coût réel pour l’économie. Le trafic Internet national a chuté d’environ 65%, mettant à l’arrêt de nombreux commerces en ligne, services et médias numériques .
  • Une défiance citoyenne : Face à ces blocages, les Camerounais se tournent massivement vers des outils de contournement. Par exemple, Proton VPN a enregistré une hausse de 3000% des inscriptions en provenance du Cameroun le jour où les restrictions ont débuté .

En résumé, si les autorités invoquent la prévention des violences post-électorales pour restreindre l’accès à Internet, ces mesures sont perçues par la société civile et une partie de la population comme une forme de censure politique visant à museler l’opposition et à contrôler le récit national en période de crise

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