Les « rois » des mines au Niger : paysage et acteurs clés
Le secteur minier est un pilier central de l’économie nigérienne, représentant une part significative des exportations du pays. L’exploitation des ressources, notamment l’uranium et l’or, est marquée par la présence d’acteurs historiques ainsi que par l’émergence de nouveaux joueurs, dans un contexte de récentes transformations politiques affirmant une plus grande souveraineté nationale sur ces richesses. Cette analyse dresse le portrait des principales entités qui dominent ce paysage.
Orano : un acteur historique de l’uranium confronté à de nouveaux défis
La société française Orano (anciennement Areva) a longtemps été la force dominante dans le secteur uranifère nigérien, détenant des participations majoritaires dans les principales sociés minières historiques.
- La Société des Mines de l’Aïr (SOMAÏR), détenue à 63.4% par Orano et à 36.66% par l’état nigérien via SOPAMIN, exploite plusieurs gisements en mine à ciel ouvert près d’Arlit et a produit 1996 tonnes d’uranium en 2021.
- La Compagnie Minière d’Akouta (COMINAK), détenue à 59% par Orano, 31% par l’état nigérien et 10% par l’espagnol Enusa, était une mine souterraine qui a cessé sa production en mars 2021 après avoir extrait 75 000 tonnes d’uranium sur 47 ans d’activité.
- Le projet Imouraren, l’un des plus grands gisements d’uranium au monde, était détenu à 66.65% par Orano et à 33.35% par l’état nigérien, mais son permis d’exploitation a été révoqué par les autorités nigériennes en juin 2024.
- À la suite du changement de gouvernement en juillet 2023, Orano a perdu le contrôle opérationnel de SOMAÏR et a engagé des procédures d’arbitrage international contre l’état nigérien concernant la révocation de ses permis et la rétention d’uranium produit.
L’État nigérien : affirmation croissante de la souveraineté nationale
À travers la Société du Patrimoine des Mines du Niger (SOPAMIN), l’état nigérien est un actionnaire incontournable dans la plupart des projets miniers et renforce désormais son contrôle direct sur la filière.
- SOPAMIN détient systématiquement une participation dans les joint-ventures, par exemple 36.66% dans SOMAÏR, 31% dans l’ancienne COMINAK, et 33% dans la société SOMINA exploitant le gisement d’Azelik.
- En juin 2025, le gouvernement a décidé de nationaliser intégralement la Société des Mines de l’Aïr (SOMAÏR), transférant toutes les actions et actifs à l’État.
- La Compagnie Minière de Recherche et d’Exploitation (COMIREX SA), une société de droit nigérien détenue à 40% par l’État, s’est vue attribuer en février 2025 un permis pour la mine d’uranium de Moradi, avec un projet de produire 300 tonnes d’uranium sur cinq ans.
- Le gouvernement exige un meilleur retour économique de l’exploitation de ses ressources, comme l’illustre le refus de laisser Orano exporter environ 1500 tonnes de concentré d’uranium d’une valeur estimée à 250 millions d’euros.
Les sociétés chinoises : une présence stratégique via le projet Azelik
Le groupe chinois China National Nuclear Corporation (CNNC) est un acteur majeur via sa participation dans la Société des Mines d’Azelik (SOMINA).
- CNNC International détient 37.2% des parts de SOMINA, tandis qu’une autre entreprise chinoise, ZXJOY Invest, en détient 24.8%, donnant aux intérêts chinois une position majoritaire de 62%.
- L’État nigérien détient 33% des parts de SOMINA, et une société coréenne, KORES, en détient 5%.
- La mine d’Azelik, située à 160 km au sud-ouest d’Arlit, est entrée en production fin 2010 mais a été mise sous cocon en 2015 en raison de délais de projet, de dépassements budgétaires et d’une faible production.
- Des études récentes ont été menées en vue d’un redémarrage de la production sur le site, indiquant la volonté de la Chine de maintenir son engagement dans le secteur uranifère nigérien.
Les compagnies canadiennes : les nouveaux investisseurs dans l’uranium
Des entreprises canadiennes développent certains des projets uranifères les plus prometteurs du Niger, bénéficiant généralement d’un partenariat structuré avec l’État.
Global Atomic et le projet Dasa
- Global Atomic détient 80% du projet Dasa via sa filiale SOMIDA, tandis que le gouvernement nigérien détient les 20% restants.
- Dasa est présenté comme le projet uranifère de plus haute teneur en Afrique, avec une teneur en uranium atteignant 5 109 parties par million (ppm) lors des phases de production initiales.
- La production doit débuter en 2026, avec pour objectif de produire 3 millions de livres d’oxyde d’uranium par an, et la réserve totale est estimée à 68.1 millions de livres pour une durée de vie de 23 ans.
- Le projet bénéficie d’un soutien gouvernemental explicite et a sécurisé des contrats d’achat (offtake) couvrant 90% de sa production anticipée avec des utilities nord-américaines et européennes.
GoviEx Uranium et le projet Madaouela
- GoviEx Uranium détenait un permis d’exploitation pour le projet Madaouela, dans la région d’Agadez, via une société où elle détenait 80% et l’État nigérien 20%.
- Cependant, en juillet 2024, le gouvernement nigérien a révoqué le permis de Madaouela.
- À l’instar d’Orano, GoviEx a initié une procédure d’arbitrage contre la République du Niger devant le CIRDI pour protéger ses droits.
Nguvu Mines Limited : le roi de l’or avec la mine Samira Hill
Dans le secteur aurifère, la mine Samira Hill est la seule mine d’or commerciale du Niger et est dominée par la société Nguvu Mines Limited.
- Nguvu détient 80% de la mine Samira Hill, tandis que SOPAMIN, pour le compte de l’État, en détient 20%.
- La mine est située à environ 140 km à l’ouest-sud-ouest de la capitale Niamey, dans la région de Tillabery.
- Elle emploie des méthodes d’exploitation à ciel ouvert et dispose d’une usine d’une capacité de 6000 tonnes par jour.
- La mine possède dix permis d’exploration couvrant 1456 km² et deux licences d’exploitation pour une superficie de 21.7 km².
- L’opération traite actuellement du minerai oxydé, mais un potentiel important existe pour les minerais de transition et sulfurés sous les puits actuels.
- La mine emploie 454 personnes et représente la plus grande exportation du Niger en valeur monétaire, devant l’uranium.
Structure type des partenariats miniers au Niger
Le modèle de partenariat dans le secteur minier nigérien suit une structure relativement standardisée, reflétant un équilibre entre l’apport de capitaux et d’expertise étrangers et la rétention d’une part de souveraineté nationale sur les ressources.
| Acteur / Projet | Ressource | Principaux actionnaires | État du projet |
|---|---|---|---|
| SOMAÏR | Uranium | Orano (63.4%), État du Niger (36.66%) | En production (nationalisé en 2025) |
| Projet Dasa (Global Atomic) | Uranium | Global Atomic (80%), État du Niger (20%) | Production prévue en 2026 |
| SOMINA (Azelik) | Uranium | CNNC (37.2%), État du Niger (33%), ZXJOY (24.8%), KORES (5%) | En maintenance (redémarrage à l’étude) |
| Mine Samira Hill (Nguvu) | Or | Nguvu Mines (80%), État du Niger (20%) | En production |
| Projet Moradi (COMIREX) | Uranium | État du Niger (~40%), Capitaux nationaux | Permis accordé en 2025 |
Conclusion
Le paysage des « rois » des mines au Niger est en pleine recomposition. La domination historique de la française Orano sur le secteur de l’uranium est sérieusement contestée par les décisions souverainistes du gouvernement actuel, comme en témoignent les nationalisations et les révocations de permis. Aujourd’hui, la couronne est partagée : l’État nigérien s’affirme comme le souverain suprême, reprenant directement le contrôle d’actifs stratégiques. Les compagnies canadiennes comme Global Atomic représentent l’investissement étranger nouvelle génération, avec des projets prometteurs structurés en partenariat. Les intérêts chinois maintiennent une présence stratégique via SOMINA, tandis que dans le secteur aurifère, Nguvu Mines Limited règne en maître sur la seule mine d’or industrielle du pays. L’avenir de la répartition de cette couronne dépendra largement de l’issue des arbitrages internationaux en cours et de la capacité du Niger à attirer de nouveaux investissements dans ce contexte de souveraineté renforcée.
