Le Futur Président du Mali Selon les Jeunes
Le Futur Président du Mali Selon les Jeunes : Entre Soutien à la Junte et Aspirations au Changement
La question du futur président du Mali est au cœur des préoccupations politiques dans un contexte de transition prolongée. Depuis les coup d’État de 2020 et 2021, le pays est dirigé par une junte militaire menée par le colonel Assimi Goïta. Les jeunes maliens, qui constituent une part démographique majoritaire, expriment des opinions contrastées sur l’avenir politique de leur pays, partagés entre un soutien au leadership militaire actuel et une profonde aspiration au changement démocratique après des années d’instabilité.
Argument 1 : Un soutien populaire initial pour la junte, mais qui s’érode
Lors de sa prise de pouvoir en 2020, le colonel Assimi Goïta a bénéficié d’un important soutien populaire, notamment de la part de la jeunesse. Cependant, ce soutien montre des signes d’érosion face aux promesses non tenues et aux mesures autoritaires récentes.
Exemple 1 : Accueil favorable du coup d’État de 2020
À ses débuts, la junte a été accueillie avec bienveillance par une partie de la population, lassée par la classe politique précédente.
Exemple 2 : Promesses de transition démocratique
Le colonel Goïta avait initialement promis d’organiser des élections et de rendre le pouvoir aux civils, séduisant une nation en attente de stabilité.
Exemple 3 : Report répété des élections
Le report indéfini des élections présidentielles, initialement promises pour février-mars 2022 puis envisagées pour 2024, a commencé à alimenter les doutes.
Exemple 4 : Premières manifestations d’opposition en 2025
En mai 2025, des centaines de personnes ont manifesté à Bamako pour protester contre la proposition de maintenir le colonel Goïta au pouvoir jusqu’en 2030, signe d’un revirement de l’opinion.
Exemple 5 : Suspension des activités politiques
La décision du gouvernement de suspendre « jusqu’à nouvel ordre » les activités des partis politiques a été perçue comme une mesure autoritaire et a catalysé le mécontentement.
Exemple 6 : Réactions des chercheurs
Des chercheurs comme Ousmane Diallo d’Amnesty International ont noté que pour de nombreux anciens soutiens, ces mesures récentes étaient « une mesure de trop ».
Argument 2 : Le patriotisme et le rejet de l’influence française comme catalyseurs de soutien
Une partie de la jeunesse malienne continue de soutenir le colonel Goïta en raison de ses positions nationalistes et de sa rupture avec l’ancienne puissance coloniale, la France.
Exemple 1 : Rupture des alliances avec la France
Le gouvernement de la transition a mis fin aux accords de sécurité avec la France et a exigé le retrait des troupes françaises, une décision populaire auprès de nombreux jeunes.
Exemple 2 : Discours anti-impérialiste
Sur les réseaux sociaux, les partisans du régime présentent souvent l’opposition, comme Moussa Mara, comme des « traîtres » ou des « valets de la France ».
Exemple 3 : Nouveaux partenariats avec la Russie
Le recours au groupe mercenaire russe Wagner est vu par certains comme un acte de souveraineté et d’émancipation des anciennes puissances coloniales.
Exemple 5 : Soutien à l’Alliance des États du Sahel (AES)
La formation de l’AES avec le Burkina Faso et le Niger, deux pays également dirigés par des juntes, est perçue comme une victoire géopolitique.
Exemple 6 : Critique des politiciens traditionnels
Les jeunes partisans du régime estiment que les politiciens traditionnels, au pouvoir pendant des décennies, ont « mis le Mali en retard de 100 ans ».
Argument 3 : Les aspirations démocratiques et la demande de changement
Malgré le discours patriotique, une autre frange importante de la jeunesse aspire à un retour à l’ordre constitutionnel et à des élections libres et transparentes.
Exemple 1 : Participation électorale vue comme un moyen de changement
Lors des élections précédentes, des jeunes comme Mariam Dicko, 22 ans, exprimaient leur volonté de voter pour un candidat « qui tient ses promesses et développe le pays ».
Exemple 2 : Mobilisation de la société civile
Le mouvement dirigé par les jeunes en 2018 qui a contraint le président Ibrahim Boubacar Keïta à renoncer à une réforme constitutionnelle montre leur capacité de mobilisation.
Exemple 3 : Exigence de transparence
Des personnalités politiques et des organisations de la société civile réclament un « calendrier électoral » clair et un processus transparent.
Exemple 4 : Crainte d’une élection sur mesure
Des analystes et des opposants dénoncent des manœuvres, comme des modifications de la loi électorale, pour préparer une candidature du colonel Goïta sans qu’il ne quitte l’armée.
Exemple 5 : Libération des figures de l’opposition
Les appels pour que le scrutin « accueille tous les candidats, y compris ceux de l’opposition », dont certains étaient emprisonnés ou en exil, sont récurrents.
Exemple 6 : Boycott du dialogue national
Une partie de l’opposition a boycotté le dialogue national de 2024, l’accusant d’être une manœuvre pour prolonger l’emprise de l’armée sur le pouvoir.
Argument 4 : L’impact de la situation sécuritaire sur les perceptions
La capacité perçue du gouvernement à assurer la sécurité du territoire est un argument clé dans le débat sur le futur président, même si les résultats sont mitigés.
Exemple 1 : Reprise de la ville de Kidal
La reprise de la ville de Kidal, un stronghold rebelle, en 2023 par l’armée malienne appuyée par Wagner, a été présentée comme une victoire majeure pour la junte.
Exemple 2 : Persistance de l’insécurité
Malgré quelques gains, des groupes jihadistes restent actifs, étendant même leurs attaques vers le centre et le sud du pays.
Exemple 3 : Approche purement militaire critiquée
Des experts avertissent que l’approche purement militaire, sans dialogue, intensifie les combats et les attaques, au détriment des civils.
Exemple 4 : Atteintes aux droits de l’homme
Des rapports d’ONG documentent des exactions commises par l’armée malienne et ses alliés russes contre des civils, entachant les succès sécuritaires.
Exemple 5 : Contrôle territorial limité
Environ 30% du territoire national, notamment dans le nord et le centre, échapperait encore au contrôle de l’État, rendant des élections crédibles et inclusives difficiles.
Exemple 6 : Déplacement des populations
La violence a conduit au déplacement de centaines de milliers de personnes, créant une crise humanitaire qui préoccupe la jeunesse.
Argument 5 : La crise économique et sociale, source de mécontentement
La dégradation des conditions économiques pèse lourdement sur la jeunesse et influence sa perception des dirigeants actuels et futurs.
Exemple 1 : Inflation galopante
Le prix des denrées de base, comme le sac de riz, a connu une flambée, étranglant les foyers les plus vulnérables.
Exemple 2 : Priorité budgétaire militaire
Une part écrasante des ressources publiques est absorbée par les dépenses militaires, au détriment des secteurs sociaux.
Exemple 3 : Financement des élections
Le budget 2025 prévoit 80 milliards de FCFA pour les élections, une somme importante dans un contexte de difficultés économiques.
Exemple 4 : Pauvreté et chômage
Le Mali reste l’un des pays les plus pauvres au monde, et la lutte contre le chômage des jeunes est un défi majeur pour tout futur président.
Exemple 5 : Mécontentement social grandissant
La combinaison de la répression politique et des difficultés économiques crée un « cocktail explosif » de mécontentement.
Exemple 6 : Crainte d’une déstabilisation sociale
Des experts n’excluent pas la résurgence de mouvements de protestation similaires à ceux de 2020, qui avaient précipité la chute du président IBK.
Argument 6 : Un paysage politique fragmenté et réprimé
L’espace politique rétréci et la fragmentation de l’opposition compliquent l’émergence d’une figure présidentielle consensuelle pour la jeunesse.
Exemple 1 : Suspension des partis politiques
La suspension des activités des partis politiques par le gouvernement en 2025 a drastiquement réduit l’espace démocratique.
Exemple 2 : Emprisonnement des opposants
Plusieurs leaders politiques de l’opposition, comme l’ancien ministre Moustaph Dicko, ont été emprisonnés.
Exemple 3 : Exil des dissidents
D’autres figures, telles qu’Oumar Mariko ou Tieman Hubert Coulibaly, ont choisi de quitter le pays face à la répression.
Exemple 4 : Affaiblissement de la classe politique traditionnelle
La transition prolongée et la répression ont contribué à affaiblir et à fragmenter les partis politiques traditionnels.
Exemple 5 : Montée en puissance des soutiens au régime
Le gouvernement aurait autorisé la création de nombreux nouveaux partis politiques considérés comme alliés au régime militaire.
Exemple 6 : Débat sur la candidature de Goïta
Le débat public est actuellement focalisé sur la possibilité que le colonel Goïta soit candidat, laissant peu d’espace pour la promotion d’autres figures.
Tableau Synoptique des Figures Politiques et de leur Perception par la Jeunesse
| Figure Politique | Statut / Rôle | Arguments en Sa Faveur | Arguments en Sa Défaveur |
|---|---|---|---|
| Colonel Assimi Goïta | Président de la Transition | Position nationaliste et rupture avec la France Succès militaires comme la reprise de Kidal Soutien affiché par une partie de la jeunesse sur les réseaux | Report répété des élections et promesses non tenues Mesures autoritaires (suspension des partis) Situation sécuritaire et économique toujours précaire |
| Moussa Mara | Ancien Premier Ministre, Leader de l’opposition | Représente une alternative civile Bénéficie d’une certaine expérience gouvernementale | Perçu par certains jeunes comme un « traître » ou pro-français Associé à l’ancienne classe politique discréditée Plateforme politique peu audible en raison de la répression |
Conclusion
La question du futur président du Mali selon les jeunes ne permet pas de donner une réponse unique, car la jeunesse malienne est profondément divisée. Une frange, séduite par le discours souverainiste et les succès militaires affichés, continue de soutenir le colonel Assimi Goïta, allant parfois jusqu’à souhaiter sa permanence au pouvoir. Une autre frange, lassée par les reports électoraux, la répression politique et la dégradation des conditions économiques, aspire à un retour à un ordre constitutionnel et à des élections libres permettant l’émergence d’une nouvelle alternative civile. Le futur président du Mali sera donc, in fine, celui qui parviendra à répondre à la triple exigence de souveraineté, de sécurité et de prospérité économique exprimée par la jeunesse, que ce soit par la voie des urnes ou par la prolongation de la transition militaire. La communauté internationale observe avec attention cette évolution, cruciale pour la stabilité de toute la région sahélienne.
