Qui est le plus grand griot du Burkina Faso ?

Le Griot au Burkina Faso : Gardien de la Tradition

Au Burkina Faso, la figure du griot, connue sous le nom de jeli en langue mandingue ou gewel en wolof, incarne la mémoire vivante des communautés. Historien, musicien, poète et médiateur, le griot est le dépositaire de la tradition orale, préservant et transmettant l’histoire, les généalogies et les valeurs culturelles de génération en génération. La recherche d’un « plus grand griot » est complexe, car cette tradition valorise davantage la fonction collective et héréditaire que la célébrité individuelle. Cette exploration détaillera le rôle multifaceted du griot burkinabè à travers ses différentes fonctions et manifestations.

Rôle Historique et Social du Griot

Le griot est bien plus qu’un simple musicien ; il est une institution sociale centrale. Ses responsabilités sont vastes et essentielles au fonctionnement de la communauté.

Historien et Gardien de la Mémoire
  • Les griots mémorisent et racontent l’histoire des familles, des tribus et des empires, comme l’ancien Empire du Mali, assurant sa transmission sur des centaines d’années sans support écrit.
  • Ils préservent des récits fondateurs, tels que l’Épopée de Sundiata Keita, fondateur de l’Empire du Mali, qu’ils interprètent lors de cérémonies.
Conseiller et Médiateur
  • En raison de leur respect et de leur connaissance des lignées, les griots agissaient comme médiateurs dans les disputes, pouvant approcher les parties en conflit sans crainte d’agression pour initier des négociations de paix.
  • Ils conseillaient les familles royales et impériales, jouant un rôle de leader et d’advisor politique et moral.
Maître des Cérémonies
  • Les griots sont indispensables lors d’événements importants comme les mariages, où ils chantent et partagent l’histoire des familles de la mariée et du marié.
  • Leur travail s’intensifie lors de fêtes religieuses, comme on a pu l’observer à Djibo, au nord du Burkina Faso, où un griot rendait visite aux familles pour réciter leurs histoires avant la Tabaski.
Porteur de Valeurs
  • À travers leurs récits et leurs chants, les griots préservent et transmettent les valeurs sociales et culturelles de leur peuple, contribuant à la cohésion sociale.
  • Dans des sociétés où l’écriture n’était pas dominante, ils étaient les principaux éducateurs de la culture pour la population.
Rôle Héréditaire
  • La profession de griot est souvent héréditaire, formant un groupe endogame où la connaissance, le jeliya, se transmet de père en fils ou de mère en fille au sein de familles spécialisées.
  • Cette transmission assure une formation rigoureuse et longue, garantissant la maîtrise de l’art.
Statut Social Ambivalent
  • Malgré leur importance, les griots ont parfois fait l’objet de discrimination en raison de leur appartenance à un groupe social distinct, autrefois qualifié de « caste ».
  • Cette ambivalence persiste dans certaines zones, bien que ces pratiques discriminatoires soient aujourd’hui illégales.

Instruments de Musique et Art du Griot

La maîtrise instrumentale est une composante fondamentale de l’art du griot. Chaque instrument a une histoire et un timbre unique qui accompagnent et enrichissent la narration.

InstrumentDescriptionContexte d’usage
KoraUne harpe-luth à 21 cordes, avec une caisse de résonance en calebasse. Elle est considérée comme un instrument noble.Utilisée pour accompagner les récits épiques et les louanges.
NgoniUn luth à 4 à 6 cordes, ancêtre présumé du banjo. Il produit un son percussif et rythmé.Joué pour la narration historique et la musique de divertissement.
BalafonUn xylophone en bois avec des calebasses en dessous des lames qui servent de résonateurs.Utilisé pour les cérémonies et les accompagnements dance.
Xalam (Khalam)Un luth à 1 à 5 cordes, semblable à la kora mais avec moins de cordes.Annonce la présence de personnages importants et accompagne le chant.
GojeUn violon à une ou deux cordes, joué avec un archet.Employé pour ajouter une mélodie poignante aux chants.
Instruments ModernesDes griots contemporains comme EMDE innovent en créant de nouveaux instruments, tel que le bahouinou, un hybride à 15 cordes.Permet d’explorer de nouvelles sonorités tout en perpétuant la tradition.

Les Griots dans la Société Burkinabè Contemporaine

La tradition des griots reste bien vivante au Burkina Faso, s’adaptant aux réalités modernes tout en préservant son essence.

Présence lors des Événements
  • Les griots continuent d’officier lors de cérémonies familiales (baptêmes, mariages) et de fêtes nationales, perpétuant ainsi leur rôle social.
  • Ils sont sollicités en période de fêtes religieuses, comme la Tabaski, pour réciter les histoires familiales et recevoir une récompense pour leurs services.
Intégration dans les Arts et la Culture
  • La compagnie Les Grandes Personnes d’Afrique à Boromo intègre des griots, des musiciens et des danseurs dans des spectacles de rue mettant en scène des marionnettes géantes.
  • Cette association, née en 2003, mélange traditions locales (masques, cérémonies) avec des formes d’art contemporain et se produit internationalement.
Transmission et Formation
  • Le centre de création de Les Grandes Personnes d’Afrique à Boromo forme à la fabrication de marionnettes géantes et accueille des artistes en résidence, participant à la transmission des savoirs.
  • L’apprentissage familial reste la colonne vertébrale de la formation, les enfants étant initiés aux instruments dès leur plus jeune âge.
Adaptation Économique
  • Comme le souligne le griot malien EMDE, il est aujourd’hui difficile de vivre uniquement de l’art du griot. Beaucoup diversifient leurs activités.
  • Les griots modernes se produisent sur des scènes internationales, enregistrent des albums et participent à des projets artistiques variés pour assurer leur subsistance.
Médiatisation et Enregistrements
  • Des griots utilisent les plateformes modernes comme les studios d’enregistrement et les réseaux sociaux pour diffuser leur art et atteindre un public plus large.
  • L’album Djeliya du griot EMDE, enregistré en partie au studio de Salif Keita à Bamako, est un exemple de cette adaptation.
Rayonnement International
  • Des griots burkinabè et ouest-africains voyagent et s’installent en Europe ou en Amérique du Nord, comme Pape Demba « Paco » Samb au Delaware, diffusant leur culture à l’étranger.
  • Ils dirigent des ensembles musicaux et animent des ateliers éducatifs, comme c’est le cas au McDaniel College aux États-Unis.

Figures et Représentations Modernes

S’il est difficile de désigner un « plus grand griot », certaines figures et collectifs illustrent la vitalité de cette tradition au Burkina Faso et dans la région.

Les Grandes Personnes d’Afrique (Boromo)
  • Ce collectif basé à Boromo est un exemple marquant de l’intégration des griots dans un projet artistique contemporain et communautaire.
  • Leur travail a été récompensé par le Prix International de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie en 2013.
Pape Demba « Paco » Samb
  • Griot d’origine sénégalaise basé aux États-Unis, il illustre la diaspora des griots et leur capacité à adapter leur art dans un nouveau contexte.
  • Il dirige le Super Ngewel Ensemble et participe à des projets éducatifs et caritatifs.
Les Griots des Familles
  • La force de la tradition réside dans les nombreuses familles de griots qui, sans être internationalement connues, continuent de servir leur communauté à l’échelle locale au Burkina Faso.
  • Leur travail quotidien lors des événements familiaux et villageois est le pilier de la préservation culturelle.
Les Artistes Associés
  • Bien que n’étant pas tous griots de naissance, de nombreux musiciens burkinabè s’inscrivent dans cette tradition musicale et narrative, contribuant à sa perpétuation.
  • Leur travail est souvent présenté lors de festivals nationaux comme le FESPACO (Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou).
Rôle des Associations
  • Des organisations comme l’Association des Griots de Bamako, dirigée par Bakari Sumano, ont œuvré pour défendre la place et la reconnaissance des griots dans la société moderne.
Héritage Culturel Commun
  • La culture Burkinabè est un mélange de nombreuses traditions ethniques, et le griot en est un dénominateur commun, servant de lien entre les différents groupes.

Pourquoi il n’y a pas un « Plus Grand Griot » Unique

La notion de « plus grand griot » est étrangère à la tradition ouest-africaine. Plusieurs raisons culturelles profondes expliquent cela.

Une Fonction Collective
  • Le griot est avant tout au service de sa communauté et de son jatigi (patron, souvent une famille noble). Sa grandeur se mesure à sa capacité à servir, et non à une compétition individuelle.
Une Tradition Héréditaire et Multiple
  • Il existe de nombreuses familles de griots, chacune liée à une lignée spécifique. Chaque famille possède ses propres spécialités, histoires et territoires d’influence, rendant toute comparaison directe difficile.
La Diversité Ethnique
  • Le Burkina Faso compte plus de 60 groupes ethniques, chacun avec ses propres termes et traditions pour désigner le griot. Un « grand » griot Mossi ne sera pas nécessairement reconnu comme tel par les communautés Bisa ou Fulbe.
Les Critères de Grandeur
  • La « grandeur » d’un griot se juge sur des critères multiples et subjectifs : la profondeur de sa connaissance historique, sa maîtrise musicale, son éloquence, son intégrité morale et son efficacité en tant que médiateur.
Absence de Concours Formel
  • Contrairement à d’autres domaines artistiques, il n’existe pas de concours ou de prix officiel désignant le « meilleur » griot. La reconnaissance est accordée par la communauté sur la durée.
La Primauté de la Fonction sur l’Individu
  • La tradition met l’accent sur la préservation du rôle et de la fonction du griot, bien plus que sur la célébration de l’individu qui l’incarne. C’est la continuité de l’institution qui importe.

Conclusion

Il n’existe pas de réponse unique à la question « Qui est le plus grand griot du Burkina Faso ? » car la grandeur dans cette tradition ne se mesure pas à la renommée individuelle, mais à la fidélité à la fonction, à la profondeur des connaissances et au service rendu à la communauté. Le véritable « plus grand griot » du Burkina Faso est l’institution elle-même : cette tradition orale millénaire, résiliente et adaptable, qui continue d’inculquer des valeurs, de réguler la vie sociale et d’enchanter le quotidien grâce à ses historiens, musiciens et poètes. Des figures contemporaines et des collectifs, comme Les Grandes Personnes d’Afrique à Boromo, illustrent avec force comment cet héritage ancestral continue de vivre et d’inspirer, au Burkina Faso et bien au-delà de ses frontières.

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