Financement du cinéma burkinabè : acteurs et mécanismes
L’industrie cinématographique du Burkina Faso, historiquement un pôle majeur du 7e art en Afrique de l’Ouest, s’appuie sur un écosystème de financement diversifié. Ce paysage financier associe des initiatives nationales structurantes, récemment renforcées par la création d’un fonds public dédié, à un partenariat historique et multiforme avec l’Union européenne. Ces soutiens visent à la fois à soutenir la création artistique, à structurer la filière économique et à assurer la promotion des œuvres localement et internationalement. Voici une analyse détaillée des principaux acteurs qui financent le cinéma burkinabè.
L’État burkinabè, pilier fondamental via le Faso Films Fonds
L’État burkinabè s’est récemment positionné comme un acteur financier central avec la création d’un mécanisme de soutien dédié. Cette initiative marque une volonté politique forte de faire du cinéma une véritable industrie culturelle.
Doté d’une enveloppe initiale d’un milliard de FCFA
- Le fonds a été officiellement lancé le 8 octobre 2025 par le ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo.
- Le montant alloué est entièrement financé par le budget national, montrant l’engagement de l’État.
- L’objectif est de soutenir la chaîne de valeur complète du cinéma, du développement à la promotion.
Géré par l’Agence Burkinabè de la Cinématographie et de l’Audiovisuel (ABCA)
- L’ABCA, créée en décembre 2024, est l’établissement public qui chapeaute le fonds.
- Elle résulte de la fusion de plusieurs institutions, dont le FESPACO et l’Institut Supérieur de l’Image et du Son (ISIS).
- Sa mission est d’assurer la mise en œuvre de la politique de l’État en matière de cinéma.
Structuré en quatre composantes opérationnelles
- Faso Films Développement : Soutien aux premières phases de maturation des projets, comme l’écriture de scénarios.
- Faso Films Production : Financement direct de la production des œuvres.
- Faso Films Postproduction : Aide aux étapes cruciales de finalisation des films.
- Faso Films Promotion : Soutien à la diffusion et à la visibilité des œuvres achevées.
Éligibilité ouverte aux talents nationaux et de la diaspora
- Les sociétés de production burkinabè légalement constituées peuvent soumettre des projets.
- Les auteurs et réalisateurs burkinabè, y compris ceux de la diaspora, sont également éligibles.
- Les structures de formation et associations cinématographiques peuvent aussi postuler.
Une sélection assurée par un jury indépendant
- Les projets sont soumis via une plateforme numérique dédiée.
- Un jury indépendant est chargé d’évaluer la pertinence et la viabilité des projets.
- Le processus vise la transparence et l’équité entre les demandeurs.
Projets éligibles couvrant tout le spectre de la création
- Le fonds finance les courts et longs métrages de fiction.
- Les séries télévisées et web-séries sont également concernées.
- Les films d’animation, les projets de formation et les infrastructures techniques peuvent aussi être soutenus.
L’Union européenne, un partenaire historique et stratégique
L’Union européenne représente le partenaire international le plus important et le plus constant du cinéma burkinabè et africain. Son soutien s’exprime à travers des canaux diversifiés, allant du financement direct de projets à l’appui institutionnel.
Soutien financier direct via des programmes dédiés
- Le Programme d’Appui aux Industries Créatives et à la Gouvernance de la Culture (PAIC-GC) a bénéficié de 10 millions d’euros (environ 6,5 milliards de FCFA).
- Ce programme vise à améliorer la création d’emplois dans les filières de l’image.
- Il contribue aussi au renforcement de la gouvernance culturelle du ministère en charge de la Culture.
Partenariat de longue date avec le FESPACO
- L’UE est un partenaire traditionnel du FESPACO depuis 1990.
- Pour l’édition 2025, elle a apporté un soutien global de 195 millions de FCFA.
- Cet appui finance des activités comme l’organisation du FESPACO-Professionnel et l’octroi de prix spécifiques.
Mécénat de projets cinématographiques spécifiques
- L’UE et ses États membres coproduisent et cofinancent des films africains, dont des œuvres burkinabè.
- Des films comme « Katanga, la danse des scorpions » de Dani Kouyaté et « Sira » d’Apolline Traoré ont bénéficié de ce soutien.
- Onze films burkinabè soutenus par l’UE étaient en compétition officielle lors du FESPACO 2025.
Organisation d’événements de promotion et de diffusion
- L’UE organise des festivals itinérants, comme le Festival européen de cinéma qui se tient dans les quartiers de Ouagadougou.
- Ces projections, libres et gratuites, visent à aller à la rencontre des populations.
- Elles permettent de faire connaître les coproductions Europe-Afrique au public burkinabè.
Appui à la formation et au renforcement des compétences
- L’UE finance la mobilisation d’experts internationaux du cinéma pour former le comité de sélection des films du FESPACO.
- Elle soutient des ateliers de formation professionnelle comme les Ateliers Yennenga.
- Son soutien facilite également l’organisation de forums et de rencontres B2B pour les professionnels.
Octroi de prix pour stimuler la création
- L’UE décerne des prix lors du FESPACO, comme le « Prix du meilleur espoir burkinabè » dans la compétition officielle.
- Elle finance aussi le « Prix du meilleur projet de film du Yennenga Post-production ».
- Ces prix offrent une visibilité et un soutien financier supplémentaires aux talents émergents.
Le FESPACO comme levier de financement et de visibilité
Le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO) est bien plus qu’un simple événement culturel. Il constitue une plateforme cruciale de financement, de mise en relation et de reconnaissance pour les cinéastes burkinabè.
Marché international du cinéma africain (MICA)
- Le MICA est un marché du film professionnel qui se tient pendant le FESPACO.
- Il permet aux producteurs burkinabè de présenter leurs projets à des investisseurs et distributeurs internationaux.
- Des rencontres B2B y sont organisées pour faciliter les coproductions et les ventes de droits.
Ateliers de formation et de renforcement des capacités
- Les « Ateliers Yennenga » offrent des formations pointues aux professionnels du cinéma.
- Des forums de discussion sur les films en compétition permettent des retours d’experts.
- Ces activités sont soutenues financièrement par des partenaires comme l’Union européenne.
Résidences d’écriture et de développement de projets
- Le FESPACO professionnel organise des « labs » et résidences de création.
- Ces espaces permettent aux auteurs et réalisateurs de peaufiner leurs projets dans un cadre stimulant.
- Ils favorisent également les échanges et les collaborations entre cinéastes de différents pays.
Remise de prix dotés financièrement
- L’Étalon d’Or de Yennenga, la plus haute distinction du festival, est accompagné d’une récompense financière.
- D’autres prix spéciaux, comme ceux de l’UE, sont également dotés.
- Ces prix constituent une source de financement directe et une reconnaissance prestigieuse pour les lauréats.
Plateforme de lancement pour les coproductions
- La visibilité offerte par le FESPACO aide les producteurs burkinabè à attirer des partenaires de coproduction.
- Le Marché de la coproduction audiovisuelle d’Afrique francophone y est organisé.
- Des projets comme « Yennenga coproduction » y sont promus.
Exposition médiatique internationale
- La couverture médiatique du FESPACO dépasse les frontières du Burkina Faso.
- Les films primés gagnent en notoriété, ce qui facilite leur distribution internationale.
- Cette exposition peut conduire à de nouvelles opportunités de financement pour les projets futurs.
Les instruments de coproduction audiovisuelle
La coproduction, qu’elle soit nationale ou internationale, représente un mécanisme financier essentiel pour la réalisation de films au Burkina Faso. Elle permet de mutualiser les ressources et les compétences.
Coproductions européennes via les programmes de l’UE
- L’UE est le plus important partenaire de coproduction pour les cinémas africains via ses instruments dédiés.
- Des films comme « Divertimento » et « L’histoire de Souleymane » présentés lors du Festival européen de cinéma à Ouagadougou sont le fruit de ces collaborations.
- Les États membres de l’UE, comme la France, l’Allemagne et l’Italie, participent activement à ces coproductions.
Cadre institutionnel pour les coproductions nationales
- Le Faso Films Fonds a explicitement pour objectif de favoriser la coproduction nationale.
- Il encourage la collaboration entre les différentes sociétés de production burkinabè.
- Cette approche vise à renforcer l’écosystème cinématographique local.
Incitation aux coproductions avec la diaspora
- Le FFF cible explicitement les réalisateurs et auteurs burkinabè de la diaspora.
- Il s’agit de capter leur talent et leur expertise au profit de l’industrie nationale.
- Ces projets permettent de traiter de thématiques liées à l’identité et à l’expérience diasporique.
Coproductions comme stratégie d’accès aux marchés étrangers
- Une coproduction avec un pays européen peut faciliter l’accès du film aux marchés de ce pays.
- Elle ouvre souvent des droits à des aides financières supplémentaires dans le pays partenaire.
- Cette stratégie améliore la viabilité économique et la portée internationale des projets.
Soutien aux labs et résidences de coproduction
- Le FFF finance les « labs » et résidences, qui sont des lieux privilégiés pour monter des projets de coproduction.
- Le FESPACO professionnel organise également des espaces dédiés aux coproducteurs.
- Ces dispositifs permettent des rencontres et des mises en relation structurées.
Diversité des genres en coproduction
- Les coproductions ne concernent pas seulement les longs métrages de fiction.
- Les documentaires, les séries TV et les films d’animation sont aussi concernés par ces dynamiques.
- Le fonds FFF est éligible à ces différents types de contenus.
Le financement de la formation et du développement des compétences
Au-delà du financement direct des films, un volet essentiel du soutien au cinéma burkinabè concerne la formation des talents et le renforcement des compétences techniques à tous les niveaux de la chaîne de valeur.
Programmes de formation continue de l’ABCA
- Le Faso Films Fonds inclut le financement de « projets de formation continue » dans ses catégories éligibles.
- L’objectif est de professionnaliser l’ensemble des métiers de la filière cinéma.
- Cette approche vise à consolider l’industrie nationale sur le long terme.
Rôle historique de l’Institut Supérieur de l’Image et du Son (ISIS)
- L’ISIS, désormais intégré à l’ABCA, a été pendant des décennies le principal centre de formation aux métiers du cinéma au Burkina.
- Il a formé une grande partie des techniciens et cinéastes burkinabè de renom.
- Sa fusion au sein de l’ABCA vise à renforcer la synergie entre formation et production.
Ateliers spécialisés lors des événements majeurs
- Le FESPACO professionnel organise des ateliers de formation, comme les Ateliers Yennenga.
- Ces formations sont souvent animées par des experts internationaux du cinéma.
- Elles couvrent des domaines pointus comme l’écriture scénaristique, le montage ou la distribution.
Soutien aux infrastructures éducatives
- Le FFF finance également des « infrastructures cinématographiques ».
- Cela peut inclure l’équipement d’écoles de cinéma ou de centres de formation.
- L’objectif est de doter le pays d’équipements de qualité compétitifs au niveau international.
Formation du comité de sélection du FESPACO
- L’UE finance la mobilisation d’experts pour former le comité international de sélection des films du FESPACO.
- Cette formation contribue à renforcer l’expertise locale en matière d’évaluation et de curation cinématographique.
- Elle garantit également la qualité et l’impartialité du processus de sélection.
Appui à la recherche dans le domaine du cinéma
- L’un des objectifs du FFF est de « soutenir la formation et la recherche » dans la filière.
- Cet aspect est crucial pour développer une réflexion théorique et critique autour du cinéma burkinabè.
- Il permet d’inscrire la création dans une continuité et une tradition intellectuelle.
Le soutien à la promotion et à la diffusion des œuvres
La chaîne de valeur du cinéma ne s’arrête pas à la production. La promotion et la diffusion des œuvres sont des maillons tout aussi essentiels, faisant l’objet d’un soutien financier spécifique.
Composante « Faso Films Promotion »
- Le FFF consacre un volet entier à la promotion des œuvres cinématographiques.
- Ce soutien peut concerner la participation à des festivals internationaux.
- Il peut aussi financer les campagnes de marketing et de communication autour des sorties de films.
Festivals européens itinérants au Burkina Faso
- L’UE organise des festivals, comme celui se tenant dans les quartiers de Ouagadougou d’octobre à décembre 2025.
- Ces événements offrent une vitrine gratuite et accessible aux coproductions euro-africaines.
- La devise de ces actions est : « Le cinéma pour tous, le cinéma partout ! ».
Soutien à la distribution et à l’exploitation
- L’un des objectifs du FFF est de « renforcer la distribution et l’exploitation » des œuvres.
- Il vise les sociétés de distribution et d’exploitation burkinabè légalement constituées.
- Cet appui est crucial pour assurer que les films produits trouvent effectivement leur public.
Production de matériel promotionnel
- Le soutien de l’UE au FESPACO inclut la production de brochures du programme officiel.
- Ces supports sont essentiels pour la communication autour des films en compétition.
- Ils servent de tool de vente et de présentation pour les professionnels et la presse.
Organisation d’événements de célébration
- L’UE finance des soirées de célébration du partenariat entre l’UE et le FESPACO.
- Ces événements sont des plateformes de networking de haut niveau pour les professionnels.
- Ils contribuent à renforcer la notoriété et l’attractivité du cinéma burkinabè.
Expositions et valorisation du patrimoine cinématographique
- L’UE a financé une exposition photo des personnalités inspirantes du cinéma africain lors du FESPACO 2025.
- Ce type d’action contribue à ancrer l’histoire du cinéma dans la mémoire collective.
- Il valorise le travail des pionniers et inspire les nouvelles générations de cinéastes.
Conclusion
Le financement du cinéma burkinabè repose sur un modèle mixte et complémentaire, alliant une initiative nationale récente et ambitieuse, le Faso Films Fonds, à un partenariat international historique et structurant avec l’Union européenne. L’État burkinabè, à travers l’ABCA, affirme sa volonté de faire du 7e art une industrie culturelle créatrice d’emplois et de richesses, en s’attaquant au défi traditionnel du financement avec une enveloppe initiale d’un milliard de FCFA. Parallèlement, l’Union européenne demeure un partenaire financier et technique incontournable, dont le soutien s’exprime à travers des programmes de coproduction, un appui institutionnel au FESPACO et des actions de diffusion qui rapprochent le cinéma des populations. Cette synergie entre fonds national et coopération internationale, couplée à la puissance de rayonnement du FESPACO, constitue le socle sur lequel le Burkina Faso bâtit sa stratégie pour revitaliser son cinéma et affirmer sa compétitivité sur les scènes africaine et mondiale.
