Le redoublement fréquent de certains élèves au Cameroun est un phénomène complexe, influencé par un ensemble de facteurs interdépendants qui relèvent du système éducatif, du contexte socio-économique et des réalités individuelles. Voici une analyse détaillée des causes principales :
1. Facteurs Structurels et Systémiques
- Système Éducatif très Exigeant et Sélectif : Le système camerounais, héritier des modèles français et britannique, est très académique et axé sur la performance aux examens officiels (CEP, BEPC, Probatoire, Baccalauréat). La barre pour passer en classe supérieure ou obtenir un diplôme est souvent placée haut, avec des moyennes minimales requises (souvent 10/20 sur l’ensemble des matières ou selon des règles de calcul spécifiques).
- Surcharge des Classes : Dans de nombreuses écoles publiques, les effectifs peuvent dépasser 100 élèves par classe. Cette situation rend le suivi individualisé impossible et ne permet pas aux enseignants de identifier et de soutenir rapidement les élèves en difficulté.
- Manque de Soutien Pédagogique : Les structures de soutien scolaire (études dirigées, cours de rattrapage) sont souvent absentes dans le système public ou payantes dans le privé, les rendant inaccessibles pour les familles modestes.
- Problèmes d’Infrastructures et de Ressources : Le manque de manuels scolaires, de bibliothèques fonctionnelles et de laboratoires équipés (pour les sciences) empêche une pratique approfondie des cours, essentielle à la compréhension.
2. Facteurs Socio-Économiques
- Pauvreté et Nécessité de Travailler : Dans de nombreuses familles, les enfants sont contraints de travailler pour subvenir aux besoins du foyer. Cela empiète sur leur temps d’étude et de repos, leading à une fatigue et une difficulté à suivre en classe.
- Défavorisation et Manque de Cadre d’Étude : L’absence d’un environnement propice aux études à la maison (bruit, manque d’espace, pas de bureau, pas d’électricité fiable) est un obstacle majeur à la concentration et au travail personnel.
- Impossibilité de Payer les Cours de Soutien : Face aux difficultés scolaires, les familles aisées ont recours à des répétiteurs privés. Cette option est souvent hors de portée pour une grande partie de la population, creusant les inégalités.
3. Facteurs Pédagogiques et Relationnels
- Méthodes d’Enseignement Parfois Trop Théoriques : La pédagogie peut être très magistrale et centrée sur le « par cœur », au détriment de la compréhension, de la créativité et de l’esprit critique. Les élèves qui ne s’adaptent pas à ce modèle sont souvent laissés pour compte.
- Formation Insuffisante des Enseignants : Dans certaines zones reculées, des enseignants non qualifiés ou sous-formés peuvent être recrutés, affectant la qualité des apprentissages.
- Absence d’Orientation : Les élèves sont souvent orientés vers des filières par défaut ou par pression familiale, et non par aptitude ou goût. Un élève en difficulté en série scientifique D pourrait exceller en littérature ou en enseignement technique, mais ces réorientations sont parfois difficiles.
4. Facteurs Individuels et Psychologiques
- Problèmes de Santé et Nutritionnels : La malnutrition et les problèmes de santé non traités (comme les troubles de la vue non corrigés) peuvent grandement affecter la capacité d’un enfant à apprendre et à se concentrer.
- Démotivation et Manque de Confiance : Après un premier échec, un élève peut développer un sentiment d’infériorité et une phobie de l’école (« l’échec appris »), ce qui le conduit à un cycle de redoublements successifs.
- Mauvaise Maîtrise de la Langue d’Enseignement : Au Cameroun, les langues d’enseignement sont le français et l’anglais. Pour un enfant dont la langue maternelle est différente, cette barrière linguistique peut être un frein considérable à la compréhension des cours dès le primaire.
5. Facteur Culturel
- La Perception du Redoublement : Contrairement à d’autres pays où il est perçu comme un échec du système, le redoublement est encore souvent vu au Cameroun comme une chance de « consolider les bases » et une alternative préférable à un passage « à l’arraché » qui pourrait mener à un échec plus tardif.
Conclusion : Un Cercle Vicieux
Le redoublement fréquent est rarement dû à une seule cause. C’est souvent un cercle vicieux : un élève rencontre une difficulté initiale (linguistique, santé, familiale). Celle-ci n’étant pas prise en charge à temps à cause des lacunes du système, elle se transforme en retard scolaire. L’élève redouble, se démotive, et accumule encore plus de retard les années suivantes, leading parfois à un abandon pur et simple.
La solution passe par une approche multifacette : investissement dans les infrastructures, formation des enseignants, diversification des pédagogies, renforcement du soutien scolaire public et une meilleure orientation des élèves pour leur offrir des parcours où ils peuvent réussir.
