Pourquoi les livres d’histoire africaine sont-ils souvent écrits par des étrangers ?

L’histoire de l’Afrique, riche et diverse, est une mosaïque de cultures, de civilisations anciennes, de luttes pour l’indépendance et de traditions vivantes. Pourtant, un phénomène frappe souvent les observateurs : une majorité de livres d’histoire africaine sont écrits par des auteurs étrangers. Pourquoi cette situation persiste-t-elle ? Quelles en sont les origines ? Et quelles en sont les implications pour la perception de l’histoire africaine ?

Une histoire marquée par la colonisation

Pour comprendre cette réalité, il faut remonter à la période coloniale. Pendant plusieurs siècles, l’Afrique a été sous domination européenne, ce qui a profondément influencé le prisme à travers lequel son histoire a été écrite. Les colonisateurs ont souvent documenté le continent selon leurs perspectives, leurs intérêts et leurs paramètres. Cela a créé une tradition dans laquelle l’écriture historique était principalement le fait de personnes extérieures à la société africaine, souvent à la recherche d’un récit conforme à leur vision ou à leur légitimité coloniale.

Après l’indépendance de nombreux pays africains, cette situation n’a pas changé immédiatement. La colonisation avait laissé un héritage important dans les institutions intellectuelles et universitaires, souvent dépendantes de systèmes occidentaux pour leur financement, leur formation et leur publication. La majorité des historiens formés dans ces systèmes étaient souvent étrangers ou avaient été formés selon des paradigmes occidentaux, ce qui influençait leur manière de comprendre et de raconter l’histoire africaine.

Le déficit de ressources et de formation locale

Un autre facteur clé est le manque de ressources pour la recherche et l’édition en Afrique. La publication d’un livre de qualité nécessite un budget conséquent, notamment pour la recherche, les archives, la traduction et la diffusion. Beaucoup de pays africains disposent de peu de maisons d’édition spécialisées dans l’histoire ou n’ont pas suffisamment d’universités ou d’instituts de recherche bien financés pour soutenir des projets d’écriture locaux.

Par conséquent, c’est souvent plus simple ou plus rentable pour les chercheurs africains de faire appel à des partenaires étrangers ou de publier dans des maisons d’édition occidentales. Ces dernières disposent de better infrastructures, réseaux et visibilité mondiale, ce qui facilite la diffusion des travaux. En conséquence, beaucoup d’auteurs africains se tournent vers ces maisons d’édition, ou sont eux-mêmes des chercheurs formés dans des universités européennes ou américaines.

La dimension académique et le regard extérieur

L’histoire est aussi une discipline académique qui fonctionne souvent selon des paradigmes occidentaux. L’orientalisme, par exemple, a longtemps imposé une vision extérieure et parfois paternaliste de l’Afrique. Même aujourd’hui, la majorité des revues et des conférences internationales sur l’histoire africaine sont organisées en dehors du continent, avec des intervenants principalement européens ou nord-américains.

Cette situation peut limiter la voix des historiens africains et favoriser la publication par des étrangers. Cependant, cette dynamique commence à évoluer avec l’émergence d’intellectuels africains produisant des travaux de haut niveau, publiés localement ou dans des revues internationales plus diverses.

La méconnaissance ou la méfiance face à la tradition orale

L’une des spécificités de l’histoire africaine est la place centrale de la tradition orale. Beaucoup de connaissances et d’histoires, notamment celles des communautés, ont été transmises oralement, sans écriture formelle. La transcription et la validation de ces savoirs exigent souvent une expertise spécifique, que peu d’auteurs étrangers ou même locaux maîtrisent. Parfois, cette méfiance ou méconnaissance des sources orales impose aux chercheurs de recourir à des sources écrites occidentales, ce qui peut biaiser leur travail.

Quelles perspectives pour l’avenir ?

Heureusement, la situation évolue. De plus en plus d’universités africaines investissent dans la recherche et la formation d’historiens locaux, qui produisent des travaux plus nombreux, diversifiés et représentatifs des perspectives africaines. Des pressions pour une décolonisation du savoir se font également entendre, invitant à valoriser les voix africaines.

En conclusion, la prédominance des auteurs étrangers dans l’écriture de l’histoire africaine s’explique par des héritages coloniaux, des ressources limitées, des paradigmes académiques occidentaux, et la complexité des sources traditionnelles. Mais cette tendance est en mutation, et la voix des historiens africains est de plus en plus essentielle pour une compréhension authentique et riche du passé du continent. Leur implication est cruciale pour redéfinir une histoire qui leur appartient avant tout.

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