L’histoire de l’écrit en Afrique est aussi riche que diverse, mais qu’en est-il des livres anciens rédigés dans les langues africaines ? La réponse dynamique à cette question révèle une facette méconnue de la civilisation africaine, souvent éclipsée par la grandeur des écrits en langues européennes ou arabes.
Un contexte historique
L’Afrique possède une immense richesse linguistique, avec plus de 2 000 langues différentes. Beaucoup de ces langues ont une tradition orale profonde, mais peu d’entre elles disposent d’une longue histoire de texts écrits, surtout dans l’Antiquité. La majorité des écrits anciens en Afrique proviennent de langues empruntées à l’arabe ou à d’autres langues de contact, ainsi que de langues de prestige modernes.
Les écritures anciennes en Afrique
Il est important de distinguer entre plusieurs types d’écrits anciens sur le continent : ceux liés aux tradition orale transcrits récemment, et ceux originellement écrits dans des langues africaines.
- Les écritures anciennes en Afrique du Nord : Les hiéroglyphes égyptiens, datant de plus de 3 000 ans avant notre ère, constituent l’un des exemples les plus célèbres. Cependant, ces textes sont principalement en égyptien ancien, une langue indo-européenne, ou en hiéroglyphes eux-mêmes, et non dans une langue africaine purement locale.
- Les langues de l’Afrique subsaharienne : Pour la majorité des langues africaines, surtout celles à l’origine purement orales, les textes écrits anciens sont rares. La majorité des premiers documents écrits proviennent de langues de contact comme l’arabe, qui ont été utilisées pour écrire des textes religieux, administratifs ou littéraires dans certaines régions.
Les rares exceptions : livres en langues africaines anciennes
Il existe toutefois quelques exemples remarquables de textes écrits dans des langues autochtones :
- Les Mangbetu et autres langues du Congo : Certains textes, souvent religieux ou folkloriques, ont été récemment transcrits dans ces langues. Cependant, ces documents ne datent que du 20ème siècle environ, lorsque l’écrit a été adopté comme outil d’éducation et de préservation linguistique.
- Les écrits en éwé, akan ou fon : De nombreux textes traditionnels ont été enregistrés en transcription latine ou en systèmes d’écritures indigènes, mais souvent dans un contexte récent ou colonial.
- Le cas du système de l’égyptologie : Les hiéroglyphes ou le méroïtique (dans la vallée du Nil, à proximité de l’Afrique subsaharienne) sont certes anciens, mais ils ne représentent pas une écriture autochtone à proprement parler, parce qu’ils sont de nature égyptienne ou nubienne.
- Le système de l’écriture Nsibidi : utilisé par la société Ejagham dans le sud-est du Nigeria, il s’agit d’un système symbolique, pas d’un texte traditionnel écrit dans une langue ancienne, mais d’un symbole graphique utilisé pour la communication.
La renaissance de l’écriture en langues autochtones
Depuis quelques décennies, il y a un regain d’intérêt pour l’écrit en langues africaines. Des initiatives communautaires, universitaires ou associatives ont permis de transcrire, publier et préserver des textes en langues telles que le fez, le haoussa, le zoulou, ou encore le bambara. Ces textes, souvent récents, illustrent une volonté de réappropriation linguistique, mais ne font pas partie d’un corpus ancien.
Pourquoi si peu d’écrits anciens dans les langues africaines ?
Plusieurs raisons expliquent cette situation :
- Tradition orale privilégiée : Beaucoup de cultures africaines ont préféré la transmission orale pour préserver leur histoire, leurs lois et leur sagesse, surtout dans l’Antiquité.
- Absence de systèmes d’écriture : À l’exception de quelques peuples, la majorité des langues africaines n’ont pas développé de systèmes d’écriture autochtones jusqu’à une période récente.
- Influences extérieures : La colonisation, la diffusion de l’islam, puis du christianisme, ont introduit des langues étrangères dans lesquelles la majorité des textes anciens ont été rédigés.
En conclusion
Il est donc vrai que les livres anciens écrits dans des langues africaines autochtones sont rares, voire inexistants à l’échelle de l’Antiquité ou du Moyen Âge. La plupart des textes anciens écrits, visibles aujourd’hui, sont en égyptien, en arabe ou dans des langues de contact. Cependant, la recherche et la valorisation des savoirs oraux, la transcription récente de plusieurs langues, et l’intérêt croissant pour la mémoire linguistique promettent une reconnaissance plus grande de l’écrit dans les langues africaines originelles dans le futur.
