Le mariage en Islam (Nikâh) est un contrat sacré et un engagement social profondément encadré par des règles éthiques et légales issues du Coran et de la Sunna (tradition prophétique). Ces règles désignent clairement les unions qui sont interdites (Harâm), soit de manière permanente, soit de manière temporaire. Comprendre ces interdits est essentiel pour saisir la vision islamique de la famille, de la généalogie et de la préservation de l’ordre social.
Les Interdictions Permanentes (Par Liens de Sang – Nasab)
Ces interdits sont absolus et indissolubles. Ils concernent les parentés directes et proches.
- Les Ascendantes Directes : Il est interdit à un homme d’épouser sa mère, sa grand-mère, son arrière-grand-mère, et ainsi de suite, quelle que soit la lignée (paternelle ou maternelle).
- Les Descendantes Directes : Un homme ne peut épouser sa fille, sa petite-fille, son arrière-petite-fille, etc.
- Les Sœurs : La sœur, qu’elle soit de mêmes parents, uniquement du même père ou uniquement de la même mère, est strictement interdite.
- Les Tantes Paternelles et Maternelles : Il est interdit d’épouser sa tante paternelle (sœur du père) et sa tante maternelle (sœur de la mère). Cet interdit s’étend aux grandes-tantes.
- Les Nièces : Un homme ne peut épouser sa nièce (la fille de son frère) ou sa nièce (la fille de sa sœur).
Les Interdictions Permanentes (Par Lien de Lait – Rada’a)
L’allaitement crée un lien de parenté juridique en Islam aussi important que le lien de sang. Une femme qui a allaité un enfant (au moins cinq fois complètes avant l’âge de deux ans, selon la majorité des savants) devient sa « mère de lait ». Par conséquent, sont également interdites de manière permanente :
- La mère de lait et ses ascendantes.
- Les sœurs de lait (filles de la mère de lait).
- Les tantes de lait (sœurs de la mère de lait).
- Les nièces de lait (filles des sœurs ou frères de lait).
Cela signifie qu’un homme et une femme ayant tété du même sein deviennent frère et sœur de lait et ne peuvent se marier.
Les Interdictions Permanentes (Par Alliance – Musâhara)
Ces interdits surviennent à la suite d’un mariage et créent une relation de parenté intangible.
- Les Belles-Mères : Un homme ne peut épouser la mère de son épouse (sa belle-mère), ni sa grand-mère, etc., même après un divorce ou le décès de son épouse.
- Les Belles-Filles : Il est interdit d’épouser la fille d’une épouse (sa belle-fille) si le mariage avec la mère a été consommé. Si le mariage n’a pas été consommé, l’interdiction ne s’applique pas selon la majorité des avis.
- Les Belles-Sœurs en Ligne Directe : Il était interdit, à l’origine, d’épouser deux sœurs en même temps ou successivement sans que le premier lien ne soit dissous. Épouser la tante paternelle ou maternelle d’une épouse en même temps que cette dernière est également interdit.
Les Interdictions Temporaires
Ces situations rendent le mariage interdit seulement pour une durée déterminée ou jusqu’à la levée de la cause de l’interdiction.
- Mariage avec une Non-Musulmane (pour un homme) : Un homme musulman peut épouser une femme « Gens du Livre » (chrétienne ou juive). En revanche, il lui est interdit d’épouser une polythéiste ou une athée jusqu’à ce qu’elle se convertisse à l’Islam.
- Mariage avec un Non-Musulman (pour une femme) : Une femme musulmane ne peut se marier qu’avec un homme musulman. Tout mariage avec un non-musulman (même Gens du Livre) est interdit.
- La Période d’Attente (Idda) : Il est interdit d’épouser une femme divorcée ou veuve pendant sa période d’Idda. Cette période, qui varie (3 cycles menstruels pour une divorcée, 4 mois et 10 jours pour une veuve), vise à établir la filiation d’un éventuel enfant et à permettre une réflexion avant un nouveau mariage.
- Le Quatrième Mariage : Un homme déjà marié à quatre femmes ne peut en contracter un cinquième. Il doit attendre qu’un de ses mariages prenne fin par divorce ou décès.
- Le Pèlerinage (Ihram) : Il est interdit de contracter un mariage pour soi-même ou pour autrui pendant l’état de sacralisation du pèlerinage (Hajj ou Omra).
Conclusion : Sagesse et Finalité
Ces interdictions ne sont pas arbitraires. Elles visent des objectifs profonds :
- Préserver les liens familiaux : En interdisant le mariage entre proches parents, l’Islam renforce la cohésion et le respect au sein de la famille.
- Éviter toute confusion généalogique : Les règles de parenté par lait évitent toute ambiguïté sur les liens familiaux.
- Protéger l’harmonie du foyer : L’interdiction d’épouser deux sœurs simultanément vise à prévenir la jalousie et les conflits.
- Garantir la stabilité du couple : L’interdiction temporaire pendant l’Idda permet une transition respectueuse entre deux unions.
Il est toujours recommandé, pour toute question personnelle spécifique, de consulter un érudit ou un imam compétent qui pourra prendre en compte le contexte et les différentes écoles juridiques.
